L'Europe vient de se doter de ses deux représentants permanents, le président du conseil et le chef de sa diplomatie. Le choix est très révélateur et ne relève absolument pas de l'erreur de casting.

Commençons par Lady Ashton. Anglaise, inconnue, jamais élue. Le profil idéal pour que la diplomatie européenne soit invisible et inaudible. Cela tombe bien, elle est inexistante. Et visiblement, les grands dirigeants ont envie que ça dure.

Herman Van Rompuy (prononcez comme vous voulez) révèle autre chose. On ne peut se permettre que le président du conseil soit inexistant, il y a un job à accomplir. Mais le choix de ce belge au charisme incertain est le signe qu'on cherche un gestionnaire, pas un représentant. Et il sera un gestionnaire doué, car qui mieux qu'un belge est capable de négocier sur le fil, de trouver des compromis subtils entre des inconciliables. Van Rompuy va faire fonctionner la boutique (sans doute bien), mais n'incarnera certainement pas l'Europe. On a un secrétaire général du conseil, mais pas un président.

On peut voir là une certaine schizophrénie des dirigeants politiques des principaux pays de l'Union Européenne, qui ont voulu officiellement un renforcement du poids politique de l'Union Européenne d'un côté, tout en vidant cette réforme de sa substance par le choix des titulaires. On peut voir aussi par ces nominations le signe de la faiblesse de l'Europe, qui est trop fragile pour supporter un président du conseil "politique" et un chef de la diplomatie qui dirige réellement que quelque chose.

C'est finalement le signe que l'Europe n'est pas mûre pour les institutions qu'elle s'est donnée et que le traité de Lisbonne est pour le mieux prématuré, si ce n'est au delà du possible. D'où ces nominations a minima, pas franchement enthousiasmantes. Pour relancer la construction européenne, il faudra trouver autre chose !