"Je suis un élu comme les autres". Voilà la ligne de défense de Jean Sarkozy. Et c'est effectivement le coeur du sujet. Est-on légitime quand on a été élu à Neuilly, en s'appelant Sarkozy, avec personne en face à droite ? Certains diront que non, d'autres que oui. Personnellement, je suis entre les deux.

Oui, c'est clairement plus facile d'être élu à Neuilly quand papa a fait place nette pour la cantonale, sur un siège en or. Le "péché originel" de légitimité vient de là. Il y a des endroits où ce qui compte, c'est d'être le candidat investi par le bon camp. L'élection n'est qu'une formalité (sauf si le candidat est un nul, on y reviendra). Il y a donc un moment où on doit se battre pour y arriver. C'est dans cette phase de préselection que Nicolas Sarkozy est intervenu pour appuyer fiston. Or, c'est dans cette phase que se joue la vraie légitimité d'un candidat UMP à Neuilly. Jean Sarkozy a donc un problème évident de légitimité qu'il ne peut pas éluder par un "j'ai été élu".

Mais en même temps, il faut se faire élire. Certes, Jean Sarkozy a réussi à se faire élire, alors que d'autres, pourtant parachutés dans les mêmes conditions, ont lamentablement échoué. Les exemples sont nombreux de têtes d'oeuf, super-intelligents et surdiplomés, mais incapables de passer le stade d'une élection au suffrage universel. A commencer par le petit camarade de Jean Sarkozy, le sieur Martinon, pas fichu d'emporter la mairie de Neuilly alors qu'il a le soutien du président de la République (et accessoirement ancien maire de la commune).

Jean Sarkozy a donc été élu, mais pas si brillamment que ça. Là où son prédecesseur faisait 72%, Jean Sarkozy n'a fait que 51%. Autant dire qu'il a frôlé la correctionnelle (et pas seulement avec son scooter) car il n'y avait que 4 candidats. En cas de deuxième tour, il aurait eu en face de lui un UDF, sur lequel l'ensemble des voix de gauche se seraient massivement reportées. Il aurait très bien pu être battu.

Jean Sarkozy est conseiller général, il peut donc prétendre entrer au conseil d'administration d'un établissement public où siègent des représentants du conseil général. Une fois au conseil, il peut tout à fait en prendre la présidence. Et ce sera là que tout commencera, car si papa peut donner un coup de pouce décisif pour prendre la place, à un moment donné, le fiston devra bien faire ses preuves par lui-même. Car être élu, ce n'est pas seulement remporter une élection, c'est aussi assumer des fonctions, pour lesquelles on se doit d'être efficace.

Jusqu'ici, Jean Sarkozy n'a pas eu tellement à faire ses preuves, car il n'a occupé aucun poste réellement décisionnel. Il est président du groupe UMP (donc majoritaire) au Conseil général des Hauts-de-Seine et président de la commission transport. Les postes réellement importants, ce sont les vices-présidences et bien entendu la présidence. Jean Sarkozy occupe donc des postes essentiellement "politiques" où on fait beaucoup de communication, mais où on a guère prise sur la réalité des décisions. Et il faut reconnaitre que dans ce rôle, il ne se débrouille pas trop mal. Je l'ai vu hier soir à la télévision, il présente bien, il est très à l'aise, il a du culot. C'est exactement ce qu'on lui demande.

En le mettant président de l'EPAD de la Défense, on ne lui en demandera pas plus. Et c'est peut là une deuxième point qui pourrait chiffonner certains (à juste titre). A quoi sert un président de conseil d'administration d'un établissement public ? Il préside le conseil d'administration et parfois, il est l'organe exécutif, c'est à dire qu'il fait appliquer les décisions. Comme dans tous les organes avec conseil d'administration. Cela ne veut pas dire que tous ces organismes fonctionnent de la même manière. Les configurations sont très différentes entre un président de conseil d'administration non exécutif, qui se contente de présider en laissant les fonctions exécutives à un directeur général ou à un président délégué et un PDG, qui cumule tous les pouvoirs étant ainsi le seul maitre à bord.

Dans le cas de l'EPAD (comme pour la plupart des établissements publics), il est évident que Jean Sarkozy ressemblera beaucoup à un président non exécutif, avec derrière lui un directeur général qui fera tout le boulot. Le rôle de Jean Sarkozy sera alors de présider des séances, de signer ce que d'autres mettront dans ses parapheurs (avec plus ou moins de marge de manœuvre), de parler aux micros et aux caméras, d'animer des "évènements", de couper des rubans, bref de faire de la figuration. Pas besoin qu'il s'y connaisse en urbanisme ou dans d'autres matières très techniques. Ou alors juste un peu, histoire de ne pas dire de conneries lors de ses discours (écrits par d'autres comme c'est toujours le cas). Si des décisions hautement stratégiques sont à prendre, il est évident que ce n'est pas Jean mais Nicolas qui procèdera aux arbitrages.

C'était déjà un peu le cas sous la présidence de Patrick Devedjian, qui avait peut être un peu plus de marge sur la gestion courante, mais qui devait être aux ordres du château pour les grosses décisions. De toute manière, vu qu'il était ministre et président du conseil général des Hauts-de-Seine, il ne devait pas avoir beaucoup de temps à consacrer à l'EPAD. Pas plus que son prédécesseur, Nicolas Sarkozy, qui dans les années 2005-2007 avait un emploi du temps chargé. Et pourtant, l'EPAD fonctionnait. On ne voit pas pourtant il fonctionnerait moins bien avec le fils Sarkozy.