Roman Polanski a été arrêté en Suisse, à la suite d'une demande d'extradition de la part des USA, pour une affaire vieille de 30 ans. Aussitôt, la machinerie médiatique de soutien corporatiste des people français s'est mise en branle pour soutenir le réalisateur.

Cela me laisse partagé.

Roman Polanski a commis une erreur en ayant eu des relations sexuelles avec une mineur de 13 ans dans des conditions obscures (consentante ou pas, droguée ou pas...). La justice américaine lui ayant cherché des poux, Polanski a choisi de la fuir. Il aurait, selon certains, eu raison de ne pas avoir confiance en la justice américaine. Sur ce dernier point, je ne lui donne pas tort. Le peu que je vois du fonctionnement de la justice américaine (entre les erreurs judiciaires après procès baclés, le "racisme" des jurys qui condamnent plus lourdement les noirs, les possibilités d'échapper à la justice en payant) ne me plait guère et je redouterais d'avoir à comparaitre devant une juridiction des USA.

Mais il n'empêche qu'il a commis une faute et j'estime normal que même 30 ans plus tard, on continue à lui demander des comptes. Il ne s'agit pas d'une affaire obscure sortie du néant 30 ans après les faits, mais d'un dossier où une procédure a été ouverte puis interrompue par la fuite de l'accusé, qui a tout mis en oeuvre pour échapper à la justice américaine. Tout laisser tomber maintenant, c'est donner un signal d'impunité pour ceux qui ont les moyens de se soustraire à la justice. L'application de la loi est chose prise beaucoup plus au sérieux aux USA qu'en France. C'est parfois un choc des cultures pour un français que de se faire verbaliser aux USA pour avoir, par exemple, traversé hors des passages cloutés, alors même qu'il n'y avait aucun véhicule à l'horizon. La loi est la loi, la justice doit passer. D'où ce refus de l'oubli, que je peux parfaitement comprendre.

Je me garderai bien d'émettre un avis personnel tranché sur cette question. Cela ne me regarde pas, c'est une affaire entre Monsieur Polanski et la justice des USA, pays qui est encore, à ma connaissance, une démocratie. Je m'attriste que certains responsables politiques français ne fassent pas preuve de la même prudence, emboitant aveuglement le pas (comme à son habitude) aux différents lobbies qui ont pris partie sur ce dossier. Une fois de plus, les politiques sont incapables d'une réflexion et d'une position autonome par rapport au monde de la culture et des people. Et ça commence à me préoccuper, car ce n'est pas la conception que je me fais du rôle de l'Etat et du pouvoir politique.