En politique, la victoire revient au camp qui est le moins désuni. Cela se vérifie à chaque fois ou presque. Il est donc essentiel d'avoir, au sein de chaque camp, une dynamique d'unité. Sans le programme commun de la gauche, François Mitterrand ne serait pas devenu président. Sans l'UMP, Sarkozy n'aurait pas marginalisé François Bayrou en le distançant largement (ce que Chirac n'avait pas fait face à Balladur) et n'aurait peut être pas gagné. Depuis 2007, la Gauche et singulièrement le PS sont dans une spirale infernale, dans un processus de désagrégation qui obscurcit leur avenir politique et hypothèque lourdement leurs chances de revenir au pouvoir.

Les alliés, que Mitterrand avait réussi à capter et neutraliser en phagocytant les communistes et en sattelisant les radicaux de gauche, ont repris son autonomie. A l'extrême gauche, le PCF est devenu groupusculaire et a été dépassé sur sa gauche par une nébuleuse trotskiste fortement hostile au PS. Toute idée d'union de la gauche leur est totalement étrangère. Un autre allié historique est en train de prendre le large, lentement mais surement : les radicaux de gauche. Ils ont voté la réforme institutionnelle en 2008, ont des vélleités d'indépendance à l'Assemblée nationale (ils ont déjà un groupe autonome au Sénat). Le PS semble même accélerer le mouvement en mécontantant cet allié, en lui refusant des places éligibles aux européennes. Certes, le PRG ne pèse pas lourd au plan national, mais c'est une force d'appoint qui peut faire la différence lors d'un second tour serré, et qui pèse encore dans le Sud-Ouest.

Au sein même du PS, les querelles sont féroces et il y a plus de départs que d'arrivées. Le PS n'est pas franchement dans une logique de rassemblement. Son aile droite est partie en 2007. Certes, Bockel pesait peu, mais une telle rupture est le signe d'un problème profond. On ne part pas comme ça du PS avec armes et bagages pour aller chez Sarkozy. L'aile gauche est également partie, avec Mélenchon et ses amis, partis fonder un parti qui a vocation à jouer le rôle de "l'extrême gauche de gouvernement". Là encore, numériquement, la perte n'est pas énorme. Mais symboliquement, ça fait mal. Encore un qui s'en va. Qui sera le prochain, ou la prochaine ? Car au sein du PS, commencent à exister des structures parallèles, des doubles appartenances qui peuvent se révéler difficile à gérer le jour où, entre suivre Ségolène ou rester membre du PS, il faudra choisir. On en est pas encore là, mais c'est possible.

Enfin, le PS se trouve cerné par deux offres, une sur sa droite et l'autre sur sa gauche susceptible d'attirer une partie substantielle de son électorat naturel. Le grand danger actuel, c'est sur la droite, avec le Modem, qui a montré en 2007 sa capacité à mordre sur les électeurs de centre-gauche. Parmi les soutiens de Modem, combien votaient PS il y a encore 10 ans ? un bon paquet. Et leur passage au Modem semble durable, au moins pour une partie. L'entente avec Bayrou semblerait à priori plus facile qu'avec Besancenot, car Bayrou ne ferme pas la porte à priori. Mais, c'est une impasse, car l'idée de Bayrou n'est pas d'aider le PS mais de le siphonner ! On assiste depuis deux ans à une valse hésitation où des avances sont faites de part et d'autres, avec à chaque fois des dérobades. Depuis 2007, que s'est-il construit de concret entre le PS et le Modem ? Rien, et ce sera comme ça jusqu'en 2012. Sur la gauche, le danger n'est pour l'instant que virtuel, mais le sang neuf apporté par Mélenchon au PCF peut amener à la création du pôle capable de séduire certains électeurs de l'aile gauche du PS, déçu par leur parti, mais pas prêts pour autant à voter Besançenot. Un bon ripolinage de la place du Colonel Fabien, un peu de lisibilité idéologique et le tour est joué.

La Gauche française est vraiment dans une très mauvaise dynamique, et aucune solution n'est pour l'instant envisageable. Deux ans après leur dernière défaite en 2007, les socialistes n'ont pas avancé d'un iota et ne seront pas prêt pour 2012. C'est maintenant évident.