Un salarié de TF1 a été licencié pour avoir, à titre privé, envoyé un mail à sa députée pour lui faire part de son désaccord avec un projet de loi en cours de discussion. C'est absolument scandaleux.

J'aimerais revenir un peu sur le parcours de ce mail, entre son envoi jusqu'à son retour en boomerang à son auteur. Le mail est réceptionné le 19 février par l'assistante parlementaire de Françoise de Panafieu. Elle le lit, trouve qu'il y a des éléments pertinents méritant réponse. C'est un sujet important pour Françoise de Panafieu, qui brigue la présidence de la future commission des affaires culturelles (qui, si elle avait existé, aurait été saisie d'hadopi). Comme il faut toujours répondre à un courrier ou mail d'un électeur (quand il prend la peine de laisser ses coordonnées) et qu'on ne peut se permettre de raconter n'importe quoi, l'assistante se tourne vers le cabinet de Christine Albanel pour obtenir des éléments de réponse "labellisés". Elle a fait son boulot et n'a certainement pas eu la volonté de "dénoncer" (en plus, je la connais, ce n'est vraiment pas son genre, mais alors pas du tout). Je suis à peu près sûr que Françoise de Panafieu n'était même pas au courant de ce mail et de sa transmission au cabinet de la ministre.

C'est chez Christine Albanel que ça se gâte. Car le mail est rerouté le jour même à TF1. Là, ça pose question. Grave. Qu'il y ait ainsi porosité entre une grande entreprise et son ministère de tutelle est sidérant (même si je ne suis malheureusement pas surpris). Le membre du cabinet d'Albanel qui a fait cela a forwardé la mail à TF1 comme il l'aurait fait à un collègue (sans doute sous forme de copie sur un autre envoi), ce qui est révélateur : le ministère de la Culture n'est plus que le larbin et le passe-plat des industries de la culture et de la communication. Pour notre démocratie, c'est grave, très grave. Le fait que ce soit arrivé avec TF1 est finalement anecdotique, puisque cela semble être un comportement généralisé. Cela éclaire beaucoup de choses pour Hadopi. Ce n'est pas un accident, c'est normal, au ministère de la Culture, de travailler "main dans la main" avec les industries du secteur, et c'est ça qui est grave.

Le troisième étage de la fusée, tout aussi grave, c'est qu'une entreprise privée se permette de licencier un salarié pour délit d'opinion. C'est tout simplement ahurissant. L'image de TF1 (qui n'était pas brillante) va encore en prendre un sacré coup, et j'espère sincèrement que des têtes vont tomber. Le salarié va gagner aux prud'hommes, c'est évident, mais à mon sens, ce n'est pas suffisant, il faudrait une condamnation plus lourde de TF1 pour atteinte aux libertés fondamentales. Je suis en général contre les assignations par des associations de défense d'une "cause", mais là, j'estime justifié que TF1 réponde de son comportement devant un tribunal correctionnel.

Voilà un faits divers qui mériterait une loi dédiée. Mais ne rêvons pas...