Pour un conseiller de la ministre de la Culture, la quadrature du Net, c'est 5 gus dans un garage. N'empêche qu'avec leurs faibles moyens, ils sont quand même arrivés à sérieusement agacer la SACEM et consorts, pas franchement habitués à ce qu'on vienne leur chercher des poux dans la tête.

Dès le début, le travail de lobbying de l'industrie culturelle a été intense, et je dois le reconnaitre, remarquable. Arriver à refourguer au gouvernement la totalité de sa vision des choses et de son argumentaire, il faut le faire. Les majors et sociétés de gestion de droit n'ont plus besoin que d'aller en soutien de la ministre de la Culture, qui s'est faite leur fidèle porte-voix.

Et voilà que tout d'un coup, la machine commence à s'enrayer. Pas grand chose au début, et plus ça va, plus le moustique devient agaçant. Vous savez, ce bourdonnement qu'on entend la nuit, quand tout est calme, qui vous réveille. Et voilà qu'en plus, le moustique se met à piquer. Ce n'est pas bien grave si ce n'est qu'une fois, mais quand c'est plusieurs fois, ça commence à démanger. Un bouton de moustique, il ne faut jamais le gratter, ça empire la situation.

C'est pourtant ce que la SACEM a fait. Parmi l'arsenal fourni à la ministre, figurait une liste de 10 000 noms. La ministre s'en est bien entendu servie, la brandissant comme une liste de 10 000 artistes favorables à la loi Hadopi. Les gus du garage sont allés y voir de plus près, et ont levé un beau lièvre : il y a sans doute autant de salariés et proches de salariés de la SACEM et consorts que d'artistes. Cela a beaucoup agacé la SACEM, tellement qu'ils en ont perdu leurs nerfs. Il faut les comprendre, leur beau petit train électrique a raté l'aiguillage et est obligé de refaire un tour de piste, alors qu'il a été un peu abimé par des opposants finalement plus nombreux qu'on ne le pensait.

En politique, il suffit souvent de peu de choses pour discréditer. Même si la loi est juridiquement adoptée, elle est politiquement mort-née, car ce qui la justifiait politiquement est apparu bien frelaté. Ca s'est vu et c'est ça qui compte.