Visiblement, la pression s'accentue sur les grands patrons pour qu'ils modèrent très sérieusement leurs prétentions salariales. Il y a quelques mois, on leur a demandé gentiment de faire un peu d'auto-régulation. Ce ne serait que faute de résultats probants que le gouvernement interviendrait. Comme il fallait s'y attendre, rien ne s'est passé, et si les patrons de la société générale on renoncé à leurs stock-options, c'est sous la pression et certainement pas de leur plein gré. Le gouvernement semble donc disposé à intervenir, et il le fera d'autant plus lourdement qu'il a des marges importantes. Ce matin dans le Figaro, Alain Minc, "parrain" du système et "conseiller" du président vient de lancer le dernier ultimatum.

La position du grand patronat est hautement périlleuse. En ces temps de crise économique, leurs rémunérations, déjà choquantes avant (surtout au vu de leurs performances) deviennent absolument inacceptables. Elles font d'eux des victimes expiatoires toutes désignées pour un lynchage. C'est la crise, la population est très mal à l'aise et il faut des responsables. Jusqu'ici, ce sont les traders qu'on a chargé de tous les maux, les USA que l'on a désigné comme grand fautif. Mais cela ne durera qu'un temps. A un moment donné, ceux qui étaient en charge des affaires ces dix dernières années vont devoir rendre des comptes. Qu'avez vous fait pour empêcher cette crise ? Chacun (politiques, responsables économiques, régulateurs) va vouloir se dédouaner et refiler la patate chaude à son voisin. Dans cette ronde, le maillon faible, c'est le grand patron qui a mis son entreprise en quasi faillite après rempli les poches. Et si en plus c'est un banquier qui peut être accusé d'avoir directement alimenté la folie financière, je vous dis pas l'état dans lequel il va sortir de la lessiveuse.

Je pense que les dirigeants de la Société Générale ont fait une erreur en attendant quelques jours pour renoncer à leurs stocks options. Cette attitude est révélatrice d'un autisme grave (pour une fois, Minc n'a pas tort). Le scandale médiatique a eu lieu, même s'ils ont renoncé, le mal est fait. Encore un cas comme celui là et c'est le dépôt d'une projet de loi, examiné en urgence qui sera l'amorce du lynchage. En 1789, incapable de faire les réformes lui-même, Louis XVI a laissé d'autres décider. Au départ, il pensait garder le contrôle du processus et se contenter de jeter de la poudre aux yeux à la populace pour la calmer. On a vu dans quel engrenage il a été happé puis broyé. Dans un tel contexte d'exaspération de la population, on peut partir d'une simple proposition de règlementation symbolique des stock-option, pour arriver à la sortie à un système qui non seulement supprime de fait les stock-option, mais qui s'attaque aussi à toutes les rémunérations annexes (retraites chapeau, jetons de présence, parachutes dorés), sans que les politiques l'aient vraiment voulu, juste sous la pression populaire. On peut imaginer ensuite une attaque frontale contre ceux qui sont derrière ce système managérial à la française, à savoir l'inspection des finances, le corps des mines et quelques autres grands corps de l'Etat qui ont mis la main, de fait, sur la gestion des grandes entreprises françaises. Qu'ils ne s'imaginent pas à l'abri, vu le faible nombre de postes concernés (quelques centaines), une élite de remplacement existe (leurs subordonnés dans les entreprises), et certains seraient même content de virer tous ces énarques et de prendre leur place.

Cette situation est encore plus périlleuse pour le pouvoir politique, à droite comme à gauche, car ce sont les mêmes personnels, issus des mêmes lieux de formation que l'on trouve au PS ou à l'UMP. A la remise en cause de l'énarchie économique, suivra immédiatement la remise en cause de l'énarchie politique. Elles sont intimement liées : un seul exemple, François Pérol. La chute de l'une entrainera celle de l'autre. Et là aussi, l'élite de remplacement existe : pensez à tous ces élus qui restent vice-présidents, suppléants, adjoints, tout simplement parce que la grande noblesse de cour truste les bonnes places. La parité ayant commencé à faire émerger des femmes, le vivier de recrutement de l'élite politique de remplacement est encore plus vaste. Largement de quoi pourvoir les postes qui deviendraient vacants.

J'ai comme l'impression que nous sommes à la fin d'un cycle. Installée au pouvoir en 1945, l'énarchie a bien tenu jusque dans les années 1975. Depuis, elle décline, incapable de produire les résultats que la population attend d'elle et surtout, incapable de se réformer. Dernière réforme mort-née, alors qu'elle est vitale, celle des collectivités territoriales. Tout le monde est d'accord, cela ne peut plus continuer comme cela : c'est un bazar sans nom, très coûteux et pas franchement efficace. Quelle a été la réaction de l'élite politico-administrative : la défense du bout de gras, le chacun pour soi et tant pis pour le pays. Une élite de ce niveau ne mérite pas de rester au pouvoir.

Pour un peu, j'en deviendrait presque révolutionnaire...