Benoit XVI semble pris dans une tempête médiatique, enchaînant les mésaventures, incompréhensions et critiques. C'est vrai que sur certains points (la levée des excommunications), il a merdé. Mais sur d'autres, il n'est pas responsable (la fillette brésilienne) ou a été mal compris et surtout mal écouté (le préservatif et le Sida). Tout cela a mis la web-communauté catholique en émoi, qui s'est fendue d'excellents billets explicatifs, rappelant les faits dans leur exactitude. Sauf que le problème n'est pas là...

La hiérarchie catholique, pape en tête, se fait régulièrement taper dessus par un certain nombre de personnes (et je ne suis pas le dernier). Les catholiques semblent s'en étonner sincèrement et pour certains, ne comprennent pas. Il y a pourtant des explications. Longtemps, l'église catholique a été dominante dans notre pays, avec l'alliance du trône et de l'autel. Même si cette puissance a disparu et que la plupart des catholiques en ont fait le deuil (sauf quelques hurluberlus que le pape cherche à réintégrer), cela reste dans les esprits et le restera encore longtemps. Le combat pour la laïcité a été le combat contre le pouvoir de l'église catholique. Et c'est ce vieux fond qui resurgit, dès que la hiérarchie catholique se positionne en terme de "loi" et de "règles". Regardez bien les critiques qui surgissent contre le pape, c'est toujours quand il proclame ou rappelle une règle qu'il se fait conspuer : la levée des excommunications des évêques intégristes et l'excommunication de la fillette brésilienne, c'est du droit canon à l'état pur, qui fixe des règles et exclut ceux qui les transgressent. Les propos sur le Sida et l'usage des préservatifs sont encore plus emblématiques, car ils ont provoqué un réflexe pavlovien, assez exagéré, de rejet de la règle. Là encore, le pape se situe sur le plan de la loi, il dit ce que l'on doit faire, ce que l'on ne doit pas faire. Même s'il est très nuancé, le fond de son propos est là : il pose des limites.

Et c'est justement ça qui lui est reproché ! De plus en plus, il n'est plus admis qu'un dirigeant religieux se pose en prescripteur de règles, surtout quand ce qu'il propose est en tel décalage avec la société comme c'est le cas pour les questions de sexualité et de contraception. Depuis 1968, la hiérarchie catholique campe sur des positions fixes, et si le propos est aimable et nuancé, le fond reste le même. Le public le perçoit, et les prudences de langage des papes sont de moins en moins opérantes. Ce qui est reproché à Benoit XVI, c'est de se poser en prescripteur et de proposer des positions inacceptables pour beaucoup.