Après les quotas ethniques à la télévision, voilà qu'arrivent les quotas sociaux. Selon Rue89, il n'y aurait pas assez d'ouvriers dans les fictions françaises, en tout cas pas assez par rapport à leur poids réel dans la société. Je dois vous avouer que mon poil s'est hérissé à la lecture de cet article. En même temps, je ne suis pas surpris. La boite de pandore ayant été ouverte par les "minorités visibles", pourquoi pas les autres ? Nous suivons là une pente qui me déplait au plus au point, d'autant plus que cette révendication n'a rien d'évident et d'acceptable.

Première question que je me pose : les fictions doivent-elles refléter l'exacte composition de la population française ? A quoi sert une fiction télévisée ? Rien qu'avec ces deux interrogations, on met à mal cette revendication de quotas, car les fictions sont avant tout des représentations. Une représentation n'est jamais l'objet représenté en lui-même (tripatouiller les fictions n'aura aucun effet sur la société) et n'est jamais fidèle. Ce n'est d'ailleurs pas le but. La fiction est là pour divertir, pour donner aux gens à voir le monde tel qu'ils aimeraient qu'il soit, pour leur faire un peu oublier, une heure ou deux de temps, ce qu'il est réellement. Le public veut donc des stars, du glamour, du lisse et du gentil, pas du Zola qui finit mal. Le public veut aussi y trouver une image idéalisée de la société, et c'est sur ça que les promoteurs des quotas espèrent agir. Mais ils se trompent, car ce qui détermine les contenus, ce sont les attentes du public, pas les ordres venus d'un bord ou de l'autre. Quand il y a conflit entre ce que le public attend et ce que certains veulent imposer, c'est le public qui finit toujours par gagner. Car c'est lui qui paye...

Mon questionnement va plus loin, et porte sur les fondements de cette politique de promotion de la diversité. A quoi assiste-t-on ? Des groupes, construits autour d'une caractéristique précise (l'origine ethnique non européenne pour le groupe "minorités visibles") revendiquent davantage de pouvoir dans la société. Ils demandent de bonnes places, et commencent par les médias et la politique (étonnant...). Leur argument : nous représentons tant de % de la population, nous exigeons un nombre de postes en rapport avec ce pourcentage. On comprend donc aisément l'importance qu'ils attachent à la création de statistiques ethniques. Cette vision communautariste heurte de front mes conceptions républicaines et m'apparait comme une voie sans issue. Les leaders de ce mouvement présupposent que tous les membres du groupe dont ils se proclament leaders adhèrent à leur vision des choses et à leur programme. C'est bien beau de réclamer davantage d'ouvriers dans les fictions, mais qu'en pensent les ouvriers ? Même chose pour les minorités visibles. Quelle légitimité réelle de ces mouvements, quelle adhésion de leur base ? Quid des pluri-appartenances ? Peut-on résumer une personne à son origine ethnique, à son orientation sexuelle, à son statut socio-professionnel et faire comme si chacun n'appartenait pas à plusieurs communautés ? Va-t-on obliger les gens à déclarer leur appartenance à un groupe communautaire et un seul ? Comment gérer les conflits nés d'une double ou triple appartenance quand les intérêts des communautés sont contraires ? Un ouvrier homosexuel issu d'une minorité visible, il compte pour un ou pour trois dans les quotas ?

Cette dérive communautariste pose bien des questions, auxquelles ses promoteurs se gardent bien d'apporter des réponses.