On entend tout et n'importe quoi sur Jean Tiberi et sur ses électeurs. Mais rarement, un document nous est présenté, listant précisément des faits. En voilà un qui nous est fourni par Pascale Robert-Diard. Quelles sont les pratiques de Jean Tiberi ? Il fait en sorte que les gens qui reçoivent des "faveurs" sachent d'où elles viennent et surtout, comment remercier. Il assure un suivi très attentif de son fichier "adhérents-sympathisants", on fait en sorte qu'ils soient inscrits dans le Vème arrondissement. On couple cela d'un suivi très attentif des listes d'émargement lors des scrutins. Si une personne "amie" ne vote pas, on l'appelle pour savoir ce qui lui arrive. Et pendant qu'on y est, on rend visite à tous les nouveaux arrivants et aux électeurs des secteurs jugés "stratégiques" ou "en mouvement" après une étude des résultats au microscope électronique.

Et bien mes chers lecteurs, il n'y a pas de quoi casser trois pattes à un canard !

Tous les élus ont un fichier "adhérents-sympathisants" qui fait l'objet de toutes les attentions. C'est la base du travail de militantisme politique. J'imagine que celui de Jean Tiberi devait être "étoffé", mais pas différent de ce que font les autres. Mis à part la très probable absence d'autorisation de la CNIL pour un tel fichier (absence généralisée, je vous rassure) il n'y a là rien de répréhensible.

Jean Tibéri suit très attentivement les résultats électoraux et notamment les feuilles d'émargement. Tous le font, surtout quand c'est serré et qu'il faut mobiliser. Ce qui change, c'est l'exploitation systématique et très poussée de ces données qui est faite par Jean Tiberi. Pointer les noms, comparer avec les fichiers, obtenir les numéros de téléphone, appeler, c'est un boulot énorme !!! Mais là encore, presque rien de répréhensible. Les listes d'émargements sont librement consultables, le phoning n'est pas une pratique interdite par la loi. Seul détail qui me dérange, c'est que la permanence politique dispose des copies des listes d'émargement. C'est illégal, car si on peut les consulter librement, c'est dans un délai restreint après le scrutin. Passé une ou deux semaines, elles sont versées aux archives et incommunicables.

Jean Tibéri est accusé d'avoir fait inscrire, ou laissé inscrits des personnes qui ne résidaient pas ou plus dans le 5ème arrondissement de Paris. Comme par hasard, toutes ces personnes avaient une forte tendance à voter massivement pour lui. Sachez qu'il n'est pas illégal d'être inscrit dans une commune où vous ne résidez pas. Pour être inscrit sur les listes électorales, il suffit d'être habitant, ou contribuable. Personnellement, je vote dans une commune rurale où se trouve ma résidence secondaire (impôt foncier bâti et non bâti) et non à Paris où je réside principalement. On peut aussi rester inscrit dans la commune où on se trouvait inscrit régulièrement avant de changer de résidence. On peut très bien ne plus être ni résident, ni contribuable, tout en restant électeur et éligible. C'est sans doute là que Jean Tiberi a recruté le gros de ses troupes supplétives. Le cas typique est sans doute le nouveau retraité qui quitte Paris et son 5ème arrondissement pour la tranquille province, mais qui oublie, pour faire plaisir à ce bon Jean Tibéri, de s'inscrire sur les listes électorales de son nouveau lieu de résidence. Cela peut aussi être un "obligé", à qui on a rendu "service" (place en crèche, logement social, emploi...) et qui reste électeur sur le 5ème alors qu'il est parti habiter ailleurs. Cela n'a rien d'illégal, même si c'est moralement douteux, surtout pour le deuxième type d'exemple. Mais bon, pas plus répréhensible que de leur faire prendre leur carte du parti, comme cela se pratique ailleurs en France et autre part qu'à l'UMP...

Jean Tiberi pratique une politique clientéliste. Il rend beaucoup de services et attend, en retour, qu'on lui rende service. Ce n'est pas une surprise. Il n'est pas non plus le seul à pratiquer cela en France. Ce n'est pas non plus le monopole de l'ancien RPR, même si en région parisienne, ce sont les RPR non clientélistes qu'on a un peu de mal à trouver. Là, on est déjà sur une pente plus glissante, car où s'arrête la pression exercée sur l'électeur ? Le coup de téléphone est-il sympathique, pour prendre des nouvelles et, accesoirement, rappeler de venir voter ? Ou est-il intrusif et menaçant ? Où commence la pression illégale sur un électeur ? Bien difficile de le savoir, mais si cela se produisait dans le 5ème arrondissement de Paris, on peut penser qu'il se trouvera quelques personnes pour témoigner. On peut toutefois penser que, comme pour le reste, Jean Tibéri est allé au maximum de ce qu'il pouvait faire. D'éventuels soupçons ne sont pas nécessairement infondés. Reste à prouver...

Les pratiques révélées par ce document ne sont pas franchement illégales. Elles sont même courantes. Ce qui fait la différence, c'est leur ampleur et leur caractère systématique. Si l'accusation n'a pas autre chose, il apparait difficile de faire condamner Jean Tibéri.