La débâcle de la finance internationale réjouit grandement tous les opposants, gauchistes alter et je ne sais quoi, à ce système, qui semblaient hurler dans le désert ces dernières années. Cet effondrement, selon eux, leur donne raison et valide leurs analyses. Je ne serais pas aussi sur.

Jacques Séguéla a eu les honneurs du web avec sa sortie sur la Rolex. Moi aussi, je m'élève contre une telle position, mais en même temps, elle pose le débat en termes très clairs : la réussite ou l'échec d'une vie se mesure-t-elle uniquement en termes de détention de richesses matérielles ? Les "néo-libéraux" (j'utilise ce mot très connoté faute de mieux) ne veulent voir de l'homme que son aspect "homo economicus", en étouffant tout ce qui empêche ou gêne la maximisation de cette part de nous. Tout un appareillage idéologique, martelé dans les médias par toute une cohorte d'émetteurs autorisés (qui sont les seuls à y avoir accès), oriente notre comportement vers ce rôle économique, en nous enjoignant d'adopter les comportements qui permettent de faire tourner la machine à générer "de la croissance". Comme consommateur bien entendu, mais aussi comme épargnant, imposant que les décisions économiques aient toujours la priorité en cas de conflit entre deux centres d'intérêts. Ce modèle est détestable.

Mais qu'avons nous en face comme "alternative" ? Des gens qui basent leur vision politique sur un point précis : les inégalités économiques, dont découlent, selon eux, les inégalités sociales et accessoirement les inégalités culturelles. Tout est lu et analysé en terme d'inégalités, forcement injustes et qu'il faut donc supprimer. Une fois de plus, on ne sort pas du champ de l'économique. Ces "alternatifs" (là aussi, mot utilisé faute de mieux) restent sur le terrain de leurs adversaires et se contentent finalement de prôner un autre objectif économique, une autre répartition des richesses. Cela n'est pas rien, mais on ne va pas assez loin dans la réflexion, à mon sens.

D'autres questionnements sont possibles et à mon avis essentiels, comme celui soulevé par le pasteur Eric Georges : Est-on obligé de "réussir" sa vie ? La question n'est plus de savoir ce qu'est une vie réussie, mais de savoir si la vie doit être vécue en terme de réussite personnelle (quel que soit le but fixé). C'est là un questionnement beaucoup plus radical de notre système "néolibéral" auquel il ne s'attend pas. Séguéla ne serait pas surpris par une contestation de son objectif de réussite (il l'attend même). Par contre, que l'on conteste le fait que la réussite doit être un objectif, et même qu'il faille un objectif, cela l'aurait peut-être désarçonné. Car tous les systèmes, que ce soit le néolibéral ou l'alternatif, reposent sur le postulat que notre vie doit avoir un sens, des buts, et que même s'ils ne sont pas accessibles, il faut tendre vers eux. C'est leur moteur, le moteur de "l'engagement" en général, que ce soit pour sa pomme (Séguéla) ou pour une cause altruiste. C'est une contestation que l'on peut trouver en allant puiser dans des traditions qui avaient été un peu délaissées, comme la tradition chrétienne, dans laquelle on trouve beaucoup de choses, parfois contradictoires, mais qui est d'une richesse insoupçonnée pour penser l'homme et la vie en société. Car plus que de Dieu, la Bible parle des hommes, de ce qu'ils sont et de ce qu'ils devraient être.