J'ai lu le bouquin de Pierre Péan sur Kouchner ce week-end. Il est assez décevant, voire beaucoup quand on sait ce que Péan peut faire quand il s'y met vraiment. J'en regrette presque mes 19 euros...

Il est évident que ce livre est d'abord un règlement de comptes. Péan en veut à mort à Kouchner sur la question du Rwanda, notamment pour le soutien apporté par Kouchner à Kagamé. Cela nuit assez gravement à la crédibilité de l'ensemble du propos et surtout aux attaques "politiques" où Kouchner est accusé d'être systématiquement pro-américain.

En plus d'être uniquement à charge, ce livre est un travail bâclé ! Péan nous parle du Rwanda pendant 70 pages, dont certaines sont complètement hors sujet. Par contre, sur Kouchner administrateur civil du Kosovo, où il y aurait des choses à dire, c'est l'indigence complète : 7 pages ! La partie sur les relations entre Kouchner et les chefs d'Etats africains est du même tonneau. En guise d'enquête, il s'est contenté de bénéficier d'une fuite (un dossier qui arrive tout ficelé) et de quelques vérifications sur internet. On sent que le sujet n'est pas creusé, alors qu'il y aurait matière. Enfin, sur l'épisode de la nomination de Christine Ockrent à la tête de l'audiovisuel extérieur, il ne fait que répéter ce qui se dit dans le milieu journalistique. Bref, on apprend rien de bien nouveau.

Par contre, je n'ai rien vu d'antisémite ou de "nauséabond". Les attaques d'Aphatie notamment sont absolument sans fondement. Les citations choisies ne sont absolument pas représentatives de l'ensemble du livre. Si Péan a fait du mauvais boulot, ceux qui ont contre-attaqué sont de la même eau. Le bouquin comme les réactions sont indignes de gens qui se prétendent journalistes !

Pourtant, une question essentielle est posée, celle de la déontologie et de l'éthique. Il apparait clairement que Bernard Kouchner a mélangé les genres en Afrique ces dernières années, en étant à la fois à la tête d'un organisme public agissant dans le domaine de la Santé et consultant (pour son compte) sur les mêmes domaines et dans les mêmes lieux. Bernard Kouchner, directeur du groupement public Ester, a eu des contacts avec Messieurs Bongo et Sassou N'guesso (grands démocrates et fervents défenseurs des droits de l'homme, mais ça, c'est encore un autre problème) qui ont commandé des rapports grassement payés à des sociétés employant le consultant Bernard Kouchner. Dans leur esprit, il apparaissait évident que plus qu'une expertise technique, il achetaient l'influence de Bernard Kouchner. Un exemple décrit dans le livre de Péan est édifiant. Un rapport est commandé par Bongo sur la restructuration de l'hôpital de Libreville. Quand en 2007, Bongo arrive à Paris et demande à la France de subventionner la rénovation de cet hôpital, il tombe des nues devant le refus de Jean-Marie Bockel de payer ! Dans son esprit Bongo a payé l'assurance que le financement sera accordé par la France pour réaliser les travaux.

Comment Bernard Kouchner arrive-t-il a concilier défense des droits de l'homme et relations d'argent avec des dictateurs ? Il y a répondu en partie lors de son attaque contre Rama Yade : désormais, les droits de l'homme, il s'en fout. Sauf que Bernard Kouchner a bâti image médiatique exclusivement là-dessus. Comment expliquer ce revirement ? C'est faisable, mais sa cote de popularité risque de ne pas y survivre.

Surtout, comment être à la fois homme public, en charge de prendre une décision publique ou en situation d'influer sur elle, et consultant sur le même sujet, mais pour son compte ? Comment être juge et conseiller rémunéré d'une des parties ? Le problème, c'est que cette question dépasse largement le cas particulier de Bernard Kouchner. C'est même une véritable gangrène qui sévit au sommet de notre pays, avec des gens comme Alain Minc, qui ne vivent que de cela...