Je ne sais pas quelle mouche vient de piquer le CSA, avec cette liste de personnalités dont il faut décompter le temps de parole dans les médias en fonction de leur "appartenance politique". J'en suis d'abord resté sans voix, tellement c'est absurde et ridicule. A la reflexion, cela m'est en plus apparu dangereux pour la démocratie, mais quelque part, c'est une démonstration par l'absurde de l'inanité du contrôle des temps de parole dans les médias.

Dans cette liste, des gens sont classés selon les opinions politiques qu'ils ont publiquement affiché. Et s'ils changent d'opinions, passent de gauche à droite, il faudra mettre la liste à jour. Visiblement, cela n'a pas été fait, puisque Kouchner, Besson et Bockel sont toujours classés "Parti socialiste". Le plus grave est que l'on résume des personnalités à leur engagement politique, alors même qu'ils ne sont pas des professionnels de la politique ou du militantisme. Evidemment qu'on ne décomptera que les propos ayant trait à la politique (ou alors, on sombre dans l'imbécilité profonde). Je vois mal le CSA décompter en temps de parole politique les passages TV de Johnny ou de Cali pour faire la promo de leurs albums. Mais là encore, des problèmes vont se poser. Bigard délirant sur les attentats du 11 septembre, c'est du temps de parole "majorité" ou pas ? Telle personnalité classée à droite qui critique une mesure prise par le gouvernement, c'est décompté chez qui, opposition ou majorité ?

Les partis politiques n'ayant pas le contrôle des propos des peoples susceptibles d'être décomptés sur leur temps de parole, ils vont sans doute faire pression sur les médias pour exclure de l'antenne ces peoples, au moins sur les sujets politiques. On risque d'assister à une monopolisation des prises de parole médiatique par les politiques professionnels et par ceux qui sont officiellement agréés. Cette règle, c'est le prétexte en or pour ne plus faire passer quelqu'un qui dérange, au profit de celui qui "pense bien". C'est la mort des "intellectuels engagés" qui n'existent que par l'image et la présence dans les médias (remarquez, ne plus entendre BHL, ce serait plutôt un progrès... ). Mais surtout, c'est l'impossibilité définitive pour la parole "citoyenne" de passer par les médias officiels. Si vous demandez à vous exprimer et que la première chose qu'on vous demande, c'est "sur quel décompte", avant finalement de vous la refuser parce que vous n'êtes pas "recommandé" ou "agréé", c'est grave.

Je ne suis pas certain que le CSA se soit rendu compte de toutes les implications de sa demande. J'espère vivement qu'il reviendra sur cette mesure qui risque de rendre les médias ainsi surveillés encore plus verrouillés, fades et conformistes.