Cet après midi, les députés socialistes étaient de retour à la séance des questions au gouvernement, mettant fin à une bouderie puérile. Après l'examen mouvementé du projet de loi organique sur le droit d'amendement, les socialistes avaient décidé de boycotter les questions au gouvernement, celle qui passent à la télévision, en signe de protestation. Par contre, dès que les caméras étaient parties, ils revenaient et reprenaient le travail comme si de rien n'était !

La situation ne pouvait pas durer éternellement, car leur position aurait été fâcheusement en décalage avec l'actualité. Cette bataille parlementaire autour du droit d'amendement, c'est aujourd'hui de l'histoire ancienne. La manifestation du jeudi 29 janvier l'a remplacée dans les esprits. Les socialistes sont donc revenus faire les singes à la télévision en compagnie de leurs petits camarades UMP, sans avoir rien obtenu ou presque, en tout cas, sans la moindre avancée depuis mercredi dernier, jour de leur dernier boycott.

Maintenant que cette bouffée de chaleur socialiste est terminée, faisons un peu le bilan.

Qu'ont-ils obtenu de plus en jouant la confrontation ? Rien, strictement rien ! Le projet de loi organique a été voté dans les termes voulus par le gouvernement et l'UMP, avec quelques concessions que les socialistes avaient déjà obtenus avant même de faire leur cirque. Sur le contenu exact de la mesure (pas encore arrêtée), Bernard Accoyer a fait quelques vagues ouvertures, mais de toute manière, il aurait fait des propositions pour que la chose soit acceptable pour l'opposition.

Par contre, les socialistes ont grillé une belle carte. L'UMP ayant constaté qu'ils pouvaient tenir face au déferlement d'amendements socialistes et au boycott, ils vont être moins enclins à céder à l'avenir. C'est le problème avec les armes lourdes, quand on s'en sert et que cela se révèle inefficace. Quelle crédibilité désormais pour les socialistes ? La majorité peut écarter leur obstruction et passer outre leur boycott car ils savent qu'au final, c'est l'opposition qui doit plier. Un tel bazar sur le travail dominical, cela aurait été autrement plus dangereux pour le gouvernement. Mais ce genre de raffut, on le fait une fois, pas deux.

A plus long terme, cet épisode laissera des traces car il est maintenant évident que tout cela a été décidé rue de Solférino, et que le groupe PS à l'Assemblée était très divisé sur ce choix tactique de la confrontation musclée et de l'utilisation du travail parlementaire à des fins purement militantes, au service des intérêts du parti. C'est là pour moi le plus grave, car c'est le signe que rue de Solférino, on ne se rend pas compte de ce qu'est le travail parlementaire, de l'intérêt qu'il y a à le préserver. C'est une institution de la république, pas un terrain de jeu ou un vecteur de communication militante ! Martine Aubry n'a en effet jamais siégé ! Elue en 1997, elle est devenue immédiatement ministre et a été battue en 2002.

Attendons de voir la suite, notamment le passage au Sénat et l'examen de la réforme du règlement. Mais pour l'instant, on peut déjà dire que le choix de la confrontation a été une erreur, du moins sur ce texte là qui n'intéressait pas les français.