Le gouvernement vient de décider de supprimer l'épreuve intitulée "dissertation de culture générale" de certains concours de la fonction publique. Et c'est une très bonne chose !

Il y en a pourtant qui semblent avoir un avis différent. Rue89 synthétise les réactions idiotes, florilège de l'antisarkozysme pavlovien. L'argument de base de ces pleureuses, est que l'on va bannir l'exigence de culture générale dans le recrutement des fonctionnaires. Encore un magnifique amalgame de gens, soit stupides, soit de mauvaise foi (et sur ce coup, j'hésite vraiment sur l'explication).

Il s'agit d'une mesure parmi d'autres, issues d'un rapport sur l'organisation et le pilotage des recrutements au sein de la fonction publique. On se focalise sur celle-là car elle permet de se raccrocher à un épisode médiatique autour de l'ouvrage classique "la princesse de Clèves". Mais ces braves gauchistes savent-il exactement de quoi il est question ?

D'abord qu'est ce que la dissertation de culture générale ? Pour avoir passé, dans mon jeune temps, un certain nombre de concours de la Fonction publique, j'ai toujours été perplexe vis-à-vis de cette épreuve appelée "dissertation de culture générale", et pour tout vous dire, je n'ai jamais su comment la prendre. Je n'ai d'ailleurs jamais compris les notes (certaines excellentes, d'autres médiocres) que j'ai obtenu dans les différentes dissertations de culture générale que j'ai pu rédiger. Les sujets sont souvent très vastes, de grandes interrogations, plus ou moins en lien avec l'actualité. Qu'est ce qui m'était demandé ? C'est là que je bloquait souvent, car je n'en savait fichtrement rien des attentes du correcteur. Devais-je étaler ma science façon trivial poursuit, en truffant ma copie de références culturelles ? Le terme "culture générale" m'y incitais. Devais-je au contraire privilégier un raisonnement rigoureux, logique et implacable ? le terme "dissertation m'y invitais. Devais-je faire montre d'audace et de réflexion personnelle ou au contraire assaut de conformisme ? En fait, tout dépend du concours et du correcteur. Bref, une épreuve bâtarde et mal cadrée.

Qui est concerné par la suppression de cette épreuve ? Uniquement les concours de catégorie C (niveau brevet des collèges) et de catégorie B (niveau bac). Les concours de catégorie A et A+ conservent cette épreuve. Cela limite déjà quelque peu les critiques possibles. Que les amoureux de la Princesse de Clèves se rassurent. Les candidats aux concours de la Fonction publique pourront encore avoir besoin d'elle, s'ils passent l'ENA ou les concours de la catégorie A.

Quelles sont les raisons de cette suppression ? Elles sont très bien détaillées dans le rapport. Il s'agit de lutter contre les effets d'éviction créés par les candidats surdiplômés, qui passent les concours de catégorie B avec un bac+5. Ce n'est bon pour ni l'administration (ce n'est pas le profil qu'elle recherche) ni pour le candidat, qui se retrouve employé en dessous de ses capacités et peut ressentir une grande frustration. Ce n'est pas bon non plus pour l'Etat, qui ne forme pas des bac +5 pour en faire des secrétaires ou des agents d'accueil. Enfin, ce n'est pas bon pour les candidats "naturels" à ces postes, qui se retrouvent évincés et donc eux aussi frustrés. Le rapport rappelle également que le concours de la Fonction publique n'est pas un diplôme sanctionnant un cycle d'étude, mais une opération de sélection en vue de pourvoir des postes fonctionnels. Ce qu'on demande à une secrétaire, c'est de maitriser le traitement de texte, de savoir répondre au téléphone. Si en plus elle a entendu parler de la Princesse de Clèves, c'est bien, mais ce n'est pas la qualité première qu'on attend d'elle et ce n'est certainement sur cette base qu'on va sélectionner.

Enfin, la culture générale disparait-elle vraiment des concours de recrutement ? Pas si sur, car le rapport préconise le remplacement par des QCM, conçus pour mesurer réellement la culture générale du candidat : ses connaissances, mais aussi son aptitude à répondre à des questions en mobilisant les connaissances pertinentes, les questions ayant un rapport avec ce que l'on attend concrètement du candidat quand il sera en poste. Le QCM permet alors de valoriser l'acquis "académique", mais également les acquis professionnels, ce que l'actuelle dissertation de culture générale ne permet pas tellement, car trop centrée sur l'académique.

Finalement, est-ce un drame ? Personnellement, j'y vois plutôt un progrès.