Il y a un problème au PS. Vraiment. Ce problème vient des militants...

Le PS, avant même cette tragi-comédie du Congrès de Reims, était déjà mal en point. Tout le monde le disait. A mon avis, tout pouvait encore être sauvé, mais il fallait trancher dans le vif, faire un choix clair. Les cadres ayant été incapable de le faire, c'était donc aux militants d'agir. Comme pour le vote des motions, les militants du PS n'ont pas tranché, mais alors pas du tout. 42 voix d'avance, c'est le scénario le plus dramatique, car les contestations sont inévitables. La légitimité de la nouvelle élue est remise en cause et Martine Aubry va sans doute trainer ce "péché originel" pendant deux ans. Nous pouvons compter sur Ségolène et ses amis pour exploiter cette faille et justifier ainsi le développement de Désirs d'avenir qui va sans doute devenir un PS bis.

Comment expliquer ce refus de trancher ? Je ne suis pas militant socialiste, j'aurai donc une réflexion "de l'extérieur", qui sera différente, mais pas plus illégitime que celle d'un militant PS. J'ouvre ici un débat, où je pose plus de questions que je n'apporte de réponses. Merci de prendre ce billet comme ça.

Au fil du temps, la base militante du PS s'est rétrécie, et est redevenue semblable à celle de la vieille SFIO : des élus locaux, des personnes aspirant à devenir élus locaux, des affidiés et vassaux des élus locaux (typiquement, les employés municipaux de villes socialistes) et quelques curieux de passage, qui souvent, ne restaient pas longtemps, effarés qu'ils étaient par les querelles d'écuries et de courants. Ce constat, je ne suis pas seul à le faire, il me semble que Michel Rocard l'a également formulé (mais je n'ai plus la référence). Le drame est là, nombre de militants PS ne se sont pas encartés pour défendre et promouvoir des idées, mais pour des considérations de carrière personnelle. Le PS, sur le plan local, est encore dans un fonctionnement féodal. Pour un parti qui se veut moderne, ça pose problème.

La base militante du PS est également très divisée idéologiquement, avec une tradition d'affrontement qui n'arrange rien. On a l'impression, vu de l'extérieur, que le PS est un parti unitaire, mais c'est faux. La Gauche est beaucoup moins unitaire que la droite dans ses fonctionnements. Il n'y a d'ailleurs qu'à voir à quel point ce mot revient dans les discours de gauche et d'extrême-gauche. Si l'unité était vraiment là, il n'y aurait pas besoin de l'invoquer à tout bout de champ. Dernier exemple en date, Mélenchon qui crée une nouvelle scission, et qui déclare que son parti se veut unitaire. Quelle écart entre ce qu'il dit et ce qu'il fait ! Et cela se retrouve au PS, qui est un amalgame de courants qui n'ont finalement pas tant que cela de choses en commun si ce n'est un intérêt électoral à être unis. La diversité peut être une chance, à condition de se retrouver sur un socle minimal. Et ce socle, au PS, n'a fait que se réduire, au point d'être réduit aujourd'hui, à la taille d'un timbre-poste. Ils n'ont plus guère en commun que l'anti-sarkozisme et l'intérêt carriériste bien compris. Ce n'est pas avec ça que l'on fait un grand parti ouvert et moderne, capable de renouveler la pensée de gauche pour proposer une alternative crédible aux français.

Au fil du temps, la base militante, imitant en cela les leaders, s'est mise à se haïr. Entre courants, entre chapelles, ce n'est plus de la rivalité, c'est de la haine. Des années à s'envoyer des invectives, à se faire des coups bas, ça laisse des traces. Déjà, il y a 10 ans, quand j'entendais des jeunes socialistes de l'aile gauche parler des "rocky" (jeunes rocardiens), l'animosité et le mépris étaient palpables. Cela ne s'est pas arrangé depuis, surtout avec une personnalité comme Ségolène Royal, qui ne laisse pas indifférente. Pour avoir une idée, allez donc sur les leftblogs, et voyez un peu les scuds qu'ils s'envoient, notamment sur Twitter. Ils sont pourtant dans le même parti. On ne dirait pas...