Le Figaro a retouché une photo de Rachida Dati, pour enlever un bague. Et pas n'importe quelle bague, un truc à 15 000 euros ! Le Figaro explique qu'ils ne voulaient pas qu'une polémique sur la bague occulte complètement le contenu de l'article. En bref, ils ont voulu ôter un élément "parasite". Magnifique et limpide exemple de l'ambiguité dans laquelle se trouve Rachida Dati !

Bien entendu qu'elle n'est pas propriétaire de la bague. Elle lui a été prêtée par le joailler, qui espère des retombées commerciales en utilisant des "porte-bijoux" qui passent dans les médias (et là, pour Chaumet, c'est bingo). C'est une pratique très habituelle : les peoples qui passent à la télévision ne sont que de gigantesques hommes et femmes-sandwich. Les bijoux portés par telle star de cinéma pour la montée des marches à Cannes ne lui appartiennent pas. Par contre, elle touche quelque chose pour les porter. Rachida Dati est exactement dans cette logique, c'est ni plus ni moins qu'une people. Le problème, c'est qu'elle est aussi ministre, et qui plus est, garde des Sceaux. Elle exerce des responsabilités, on attend d'elle du sérieux, de la compétence, de la gravité même. Le mélange se révèle assez détonnant. Est-ce un bien, est-ce un mal ?

C'est clair que nous ne sommes pas tous prêts à ce mélange des genres, du point pas jusqu'à ce point. Les réactions très négatives à la peopolisation de Nicolas Sarkozy l'ont très clairement montré. Pourtant, ce mélange existe depuis longtemps, car la politique est une activité ambivalente. La politique demande des gens compétents et avisés. C'est l'avenir du pays, c'est de la responsabilité, c'est du sérieux ! Mais la politique, c'est aussi du symbolique, de la représentation. Nous voulons un personnel politique qui nous renvoie une image valorisante de nous-même, de la France, des hommes et des femmes politiques dont on peut se sentir proches, que l'on peut admirer, aduler, détester. Certains sont plus spécialisés dans un rôle ou dans un autre. Eric Woerth est un gestionnaire, sérieux, efficace. Pour le glamour, vous repasserez. A l'inverse Bernard Laporte ou Jean-Louis Borloo sont plus dans le "politique" et dans l'affichage. Tout est dans le dosage entre compétence et représentation. Cette ambivalence a toujours existé !

Rachida Dati est un cas à part, car le mix est très particulier : C'est un pur produit de représentation, où on ne retrouve que des traces infinitésimales de compétence. Il suffit de voir son bilan en tant que ministre de la justice. Désastreux est un euphémisme ! Par contre, en matière d'affichage, d'identification et de représentation, c'est un produit magnifiquement ciblé et calibré à destination d'une population particulière, celle issue de l'immigration. Rachida Dati n'est pas là pour être compétente. Son rôle est de devenir une fierté pour la communauté maghrébine en France, une sorte d'icône, un modèle. Sa feuille de route, c'est ça ! Et il faut reconnaitre qu'elle réussit assez bien ! C'est d'ailleurs pour cela qu'au prochain remaniement, elle sera toujours ministre. Plus à la justice, mais ailleurs, à un endroit où on pourra lui mettre des secrétaires d'Etat qui assumeront la partie "compétence", pour lui permettre de jouer son rôle de symbole sans mettre son département ministériel à feu et à sang.