Gérard Larcher annonce des "mesures fortes" pour réduire le train de vie du Sénat. On pouvait s'attendre à des coupes claires, des suppressions d'avantages. Et bien non, on aura juste droit à quelques gadgets.

Restitutions d'appartements de fonction. Oui, mais c'est un retour à la normale après des dérives scandaleuses, dont on n'a pas su grand chose, finalement. Combien d'appartements actuellement occupés par des sénateurs ou des personnels du Sénat, et pour quels loyers. Dans l'article, on annonce 54 appartements de fonction. Le Sénat n'est pas pauvre, parce que 54 appartements dans le quartier, c'est pas donné. On nous dit aussi 34 d'entre eux vont être vendus. Où va aller l'argent, car j'imagine que ce ne sont pas studios. La transparence s'arrête assez vite, c'est bien dommage, parce que c'est justement là que ça commençait à devenir intéressant. On apprend aussi incidemment que le Sénat conserverait une vingtaine d'appartements. Le commandant de la garde, je comprends la nécessité de service qui lui impose d'être tout le temps sur les lieux, mais le directeur de cabinet du président du Sénat ou le directeur de l'architecture, il faut m'expliquer...

Les voitures de fonction vont être gérées en pool au lieu d'être attribuées individuellement. M'enfin, elles sont toujours là, les voitures de fonction, et je suppose qu'il y aura un pool "dignitaires du Sénat", toujours distinct des voitures pour sénateurs "ordinaires". On prendra des voitures moins grosses, avec moins d'options, et on les gardera un an de plus. C'est sur que pour circuler dans Paris, un petit gabarit, c'est mieux qu'un char d'assaut. On optimise un peu mieux les moyens, mais c'est tout. Pas une révolution !

Le président et les questeurs renoncent à leur supplément d'indemnité de 30%. C'est bien, mais les vice-présidents, ils y renoncent aussi ? Et les secrétaires du Sénat, ils ont droit à combien de rab ? Cela ressemble beaucoup aux piécettes que les seigneurs d'autrefois jettaient à la foule pour montrer leur grande générosité. On est ici dans l'illusion totale.

Pendant ce temps là, on botte en touche deux très gros gaspillages, le musée du Sénat et la télévision du Sénat, en commandant un audit : créer une commission pour enterrer un problème, c'est une recette vieille comme la politique ! Et pourtant, il y a des choses à dire sur ces deux sujets. Le musée d'abord. Est-ce vraiment le rôle d'une assemblée parlementaire que d'ouvrir un musée sans aucun lien avec l'activité parlementaire, dans une ville comme Paris où l'offre dans ce domaine est déjà très large ? Pour avoir visité une fois ce musée, je le trouve bien petit et étriqué, surtout vu le prix des billets. Pour quelques euros de plus, on a le Louvre ou le musée d'Orsay. La télévision ensuite. Trouvez vous normal que chaque assemblée parlementaire ait sa chaine de télévision ? A la limite, on pourrait dire oui, pour la diffusion des débats et la médiatisation des travaux parlementaires. Le partage d'un même canal pour les deux assemblées pourrait s'avérer problématique. Mais est-il nécessaire d'avoir un président nommé Elkabach, qui ne doit pas être bénévole. Est-il nécessaire de programmer des magazines parfois assez éloignés de l'activité purement parlementaire. Et surtout, est-il bien nécessaire d'avoir toutes ces émissions pour permettre à des sénateurs de faire leur petit show que personne ne regarde ?

En bon politique, Gérard Larcher s'empresse de jeter de la poudre aux yeux, en faisant semblant de sabrer les symboles, ceux qui "parlent" aux gens, quand bien même ce ne sont pas les plus couteux.