C'est Patrick Ollier qui le dit, si les "noirs" n'ont pas été élus aux dernières élections, c'est qu'ils n'étaient pas à la hauteur. Il a entièrement raison. En politique, le moment de vérité, c'est le passage devant le suffrage universel, sur son nom personnel (comme candidat à un scrutin uninominal ou comme tête de liste). Deux exemples parfaitement comparables, Rachida Dati et George Pau-Langevin, deux "femme-minorité visible". Rachida Dati, a réussi l'exploit d'être mise en ballotage dans le 7ème arrondissement de Paris avec l'investiture officielle de l'UMP, sans liste dissidente (et heureusement pour elle !). Madame Pau-Langevin, a été élue députée PS dans le 20ème arrondissement de Paris, en battant le député-maire sortant, Michel Charzat. Elle n'aurait eu que son investiture PS et son statut de minoritaire, elle aurait été balayée. Pourtant, elle a gagné, largement. L'une était à la hauteur, l'autre nettement moins.

C'est un débat qui est très mal posé ! La couleur de peau n'est pas un obstacle pour être élu, si on est une personne de valeur. Gaston Monnerville en est un parfait exemple. Les médias, pour observer le phénomène, se focalisent sur les mauvaises personnes, celles qui tentent d'entrer en politique par le haut, sans avoir les titres et qualités qui permettent ce genre d'opération à haut risque. Les parachutés, il y en a toujours eu, mais en général, ils ont fait "les grandes écoles", disposent de savoir-faire car quoi qu'on en pense, un énarque ou un normalien, c'est une belle mécanique. Pourtant, il y en a qui échouent régulièrement face à des candidats locaux. Alors pensez bien, un candidat parachuté qui n'a pas leur bagage, et qui en plus est "minorité visible" et investi en tant que tel, comment voulez-vous que ça passe face aux candidats locaux !

Le seul atout de nombre de ces candidats "de la diversité" dont on parle tant, que l'on cite sans cesse comme exemple-type, c'est leur accès aux médias. C'est une arme redoutable pour obtenir des postes "à nomination" auprès de responsables très sensibles à la réaction des médias (Sarkozy le premier !). Par contre, être connu médiatiquement, ça n'a aucun effet sur les électeurs de la Charente, Malek Boutih peut en parler. Les électeurs demandent autre chose, que ces "candidats de la diversité" n'ont pas. Les électeurs veulent des candidats ayant un lien avec le territoire, compétents techniquement sur les problèmes qui les touchent, présentant bien (c'est à dire respectant les codes et mots clés de son camp), bref, avec lesquels ils se sentent en emphatie. Si ces conditions sont réunies, la couleur de peau n'a pas beaucoup d'importance, c'est même un non-sujet.

Dernièrement, il y a eu une cantonale partielle à Sarcelles, pour remplacer Monsieur Pupponi, touché par le cumul des mandats. Le candidat du PS est un de ses adjoints, il remplissait toutes les conditions pour plaire aux électeurs, il a été largement élu, avec un score très honorable de 60% au deuxième tour. Il est noir. Mais il n'est pas un habitué des plateaux télé, il a travaillé sur le terrain, fait ses preuves comme adjoint au maire. Quand un poste s'est trouvé vacant, il a été investi et élu. Voilà quelqu'un qui peut avoir toute ses chances d'être élu parlementaire. A-t-on beaucoup parlé de lui dans les médias ? Est-ce lui qu'on invite à la télévision pour parler des "minorités visibles" en politique ? Non, et c'est bien dommage, parce que ce sont les gens comme lui qu'on devrait mettre en valeur !