Jean-Luc Melenchon annonce qu'il quitte le PS. Il est accompagné d'un inconnu du grand public, le député du Nord Marc Dolez (moins inconnu en interne au PS). C'est la nouvelle "lourde" du jour. Quitter le PS, ce n'est pas anodin. Certes, ce parti ne va pas en mourir, mais en regardant sur la durée, c'est le parti d'Epinay qui continue de s'effeuiller, comme un oignon qu'on pèle. Chevènement et les "républicains de gauche" sont partis, Bockel et les socio-libéraux sont partis, Kouchner et les "francs-tireurs" sont partis, montrant ainsi la perte de capacité d'attraction du PS. Qui l'a rejoint depuis 10 ans ? Personne, absolument personne !

Quitter le PS est un acte fort, car c'est courir le risque de l'écrasement au moment des échéances électorales. Jean-Pierre Chevènement et ses amis en ont payé le prix (la perte de leurs mandats nationaux). Ceux qui les suivent dans cette démarche se doutent bien qu'ils risquent de subir le même sort, ce qui freine les velléités, et heureusement, sinon, le PS aurait explosé depuis longtemps. Ce qui tient ce parti, c'est la soupière ! Le PS, à l'image de la vieille SFIO est devenu un conglomérat de gens qui sont ou qui aspirent à être des élus. La force du PS, c'est son étiquette, son logo qui signifie encore, aux yeux des électeurs de gauche : vote utile. Se présenter en territoire de gauche avec cette étiquette, c'est la quasi assurance d'être élu (à moins d'être un toquard). Quel élu ou aspirant à être élu prendrait le risque de se priver de cet atout ? Pas grand monde.

Mélenchon et Dolez ont pu partir, car leur carrière est derrière eux. Ils se sentent capables, vu leur enracinement local (pour Dolez) ou leur notoriété nationale (Mélenchon), de préserver leur mandat pour la prochaine échéance. Après, ce sera la retraite. De toute manière, s'ils étaient restés au PS, ils n'auraient guère pu aller plus loin, les militants leur auraient mis le holà lors des votes d'investiture (une vraie réussite du PS, cette possibilité offerte aux militants de mettre des éléphants à l'écart pour de vrai). C'est le même raisonnement qu'a tenu Michel Charasse au moment de son bras de fer avec les instances du PS. Cela ne l'a pas dérangé d'être exclu, voire même cela l'a soulagé. Enfin libre...

Cette scission est à priori bégnine, et ne menace pas le PS. Si quand même un peu, car si les mélenchonistes s'avisent d'aller voir les chevènementismes, en leur proposant de créer une fédération qui se positionnerait à la gauche du PS, sans pour autant être d'extrême-gauche, ils peuvent faire des dégats, comme Die Linke en Allemagne vis-à-vis du SPD. Ce nouveau rassemblement de gauche aurait cet avantage d'être "réellement à gauche" sans pour autant tomber dans les excès du néo-trotskisme à la Besancenot. Il deviendrait une alternative "acceptable" pour certains militants PS ulcérés par un rapprochement avec Bayrou, mais qui n'auraient pas quitté le PS faute de structure acceptable d'accueil. Partir chez Besancenot, certainement pas ! Partir chez Mélenchon, pourquoi pas ?

L'évènement de la journée, ce n'est donc pas le résultat du vote des militants, assez conforme à la pratique de non-décision en vogue au PS (personne ne veut prendre la responsabilité de trancher). C'est le départ de Mélenchon, qui réduit encore un peu plus la surface politique du PS.