Le gouvernement a fait adopter un amendement au Projet de loi de financement de la sécurité sociale supprimant les mises à la retraite d'office. Cela permet ainsi à certains de continuer à travailler jusqu'à 70 ans, sur la base du volontariat. Voilà ce que nous annonce la presse.

Voyons concrètement ce qu'il en est.

D'abord, ce n'est pas un amendement-surprise, mais un article du PLFSS, (article 61). Il était donc loisible à chacun d'en prendre connaissance en même temps que les autres mesures. L'idée d'une "surprise" qui suinte de certains articles de presse n'est que sensationnalisme. Pour une fois que ce n'est pas un amendement de dernière minute, il faut le signaler. Le fait qu'il ait été discuté vendredi soir très tard n'est que le fruit des hasards de la discussion parlementaire.

Ensuite, que dit exactement cette mesure ? Elle propose, à compter du 1er janvier 2010, de supprimer la possibilité pour l'employeur de mettre un employé à la retraite d'office. C'est le salarié qui choisira, soit de partir, soit de rester. Il pourra ainsi "travailler plus pour gagner plus", car ce rab de travail lui permettra soit d'arriver aux annuités lui permettant d'avoir une retraite à taux plein, soit d'en avoir en plus pour toucher une surcote.

Les députés ont beaucoup discuté, et ont quelque peu rogné le dispositif au départ très large. Ils ont rétablit la limite, en la fixant à 70 ans. Pendant la période entre 65 et 70 ans, le salarié est interrogé tous les ans par son employeur pour savoir s'il désire partir à la retraite. En cas de refus du salarié, il n'est pas possible de le mettre à la retraite. Si l'employeur veut s'en séparer, c'est le licenciement (avec tout ce que cela coute...). Cela a d'ailleurs fait tousser le Medef et la CGPME.

Dans cette mesure, il y a du pour et du du contre.

Le pour : C'est une bonne chose qu'une personne souhaitant continuer à travailler puisse le faire, et que l'âge ne soit plus un couperet. A 65 ans, on peut se sentir encore en pleine forme, en pleine possession de ses moyens. On peut aussi avoir besoin d'argent (avec par exemple des enfants en études supérieures) ou d'annuités de retraite supplémentaires. D'autres peuvent vouloir continuer à travailler, car la retraite, c'est pour eux une "mort sociale". Il y en a bien plus qu'on ne veut le croire, pour qui le départ en retraite est un drame. C'est une bonne mesure car c'est l'employé qui décide. On ne peut pas forcer un plus de 65 ans à rester s'il a envie de partir en retrait.

Le mitigé : C'est une mesure partielle, qui ne concerne que les entreprises. Il faudrait qu'elle s'applique aussi à la fonction publique. Or, ce n'est visiblement pas dans les projets du gouvernement. C'est bien dommage, car comment adhérer à une mesure que l'Etat propose aux autres en se gardant bien de se l'appliquer !

Le contre : C'est clair que c'est une mesure à destination des cadres. Le travailleur manuel, physiquement abimé, psychologiquement usé n'a qu'une envie, c'est de partir en retraite, le plus tôt étant le mieux. Par cette mesure, on va permettre à des cadres dirigeants de continuer à s'accrocher à leur poste. La mise à la retraite d'office était un très bon moyen pour dégager ces cadres et permettre aux plus jeunes de monter. Je crains un certain encombrement dans les échelons intermédiaires, avec des quinqua qui piaffent devant la porte du bureau du vieux de 68 ans qui ne veut pas lâcher. Le risque concomitant est celui d'une certaine sclérose. Je n'ai rien contre les personnes d'un certain âge, mais force est de constater que l'innovation et le dynamisme ne sont pas toujours leurs qualités premières. La gérontocratie n'est pas un modèle qui me plait.

En tout cas, il n'y a pas de quoi foutter un chat et crier après le gouvernement comme le fait le PCF et certains socialistes sur une quelconque volonté du gouvernement de reculer l'âge de la retraite. Je signale, pour ceux qui ne le savent pas, que l'âge légal de la retraite en France est de 65 ans. On peut, par dérogation, la demander dès 60 ans. Tant que l'on ne touche pas à cette dérogation, on peut reculer tant qu'on veut l'âge limite de la retraite, ça ne changera rien, une immense majorité des salariés partira dès 60 ans !