Nicolas Sarkozy a fait hier un discours sur l'économie. Certains dénoncent le vide, le manque de contenu. Ils ont raison, il n'y a pas grand chose comme contenu concret, et c'est normal, ce n'était pas là le sujet. Face à une crise de confiance, il faut tenter de la rétablir, et pour cela, il faut être crédible, en répondant aux questions qui sont posées. Beaucoup de politiques se plantent, car ils apportent des réponses, parfois techniquement excellentes, à des questions qui ne leurs sont pas posées. Et après, ils s'étonnent d'être mis à la porte. Il faut savoir qu'en politique, ce qui prime, ce n'est pas l'offre, mais la demande. Et pour ça, identifier la demande et la satisfaire, Sarkozy est très fort.

Ici, quelle est la demande ? Il y a d'abord une angoisse d'une faillite spectaculaire du système, avec des files d'attentes aux guichets des banques pour retirer de l'argent, sous la forme d'un papier monnaie qui ne vaut rien. C'est le spectre "hyperinflation allemande de 1923" et crise de 1929. De cette peur, découle une colère contre ceux qui sont identifiés et perçus (à tort ou à raison) comme les responsables de l'accroissement du risque de faillite du système. Cette colère est d'autant plus rageuse que le grand public (qui cette fois-ci ne se trompe pas) sait qu'en cas de catastrophe, ces prétendus responsables arriveront à tirer leur épingle du jeu, pendant qu'eux, pauvres pigeons de base, se prendront la crise en pleine gueule.

L'angoisse est là. Ce n'est plus moment de faire de la pédagogie, d'expliquer les tenants et aboutissants de la crise, que la quasi totalité des français ne sont pas en mesure, d'ailleurs de comprendre. La priorité du politique, c'est de calmer l'angoisse, d'apaiser la fureur populaire naissante, bref, de faire de la politique. Et pour ça, rien ne vaut un bon lynchage. Le fait est que la perception populaire s'est focalisée sur les avantages financiers des grands patrons (pour des raisons qui s'expliquent très bien, mais qui justifieraient un autre billet, donc on passe), et notamment les fameux "parachutes en or". Politiquement, le patronat est obligé de lâcher du lest. Madame Parisot l'a parfaitement compris et dès à présent, accepte de sacrifier certaines pratiques visibles, celles que le public a dans le viseur. Toute résistance est non seulement vouée à l'échec, mais augmente le nombre de sacs de sable qu'il faudra finalement lâcher pour que le ballon remonte hors de portée de la foule déchainée. Nicolas Sarkozy a compris que c'est le seul résultat attendu qui puisse être atteint rapidement, le seul os à ronger qu'il peut jeter à la foule.

Au final, que se passera-t-il ? Les organisations patronales abandonneront certaines pratiques, laissant complaisamment croire qu'ils ont en cela obéit aux injonctions du pouvoir politique, jamais le dernier pour jouer la mouche du coche. Si les sacrifices sont suffisamment convaincants, la foule gavée de sang les électeurs estimeront que "justice a été faite" et détourneront leur attention vers autre chose, à la recherche d'autres coupables si cela ne va pas mieux économiquement. Du coté des patrons, une fois l'orage passé, on remettra en place des mécanismes ayant le même résultat que ceux que l'on a sacrifié à la vindicte populaire, en s'arrangeant pour qu'ils soient moins "médiatiquement visibles". Tout changer pour que rien ne change !

Sur le reste, l'organisation du capitalisme mondial, Sarkozy n'a absolument aucune prise, ni pour guérir, ni pour prévenir. Tout au plus peut-il, s'il en les moyens financiers, prévenir les effets désagréables pour les petits épargnants. Autrement, on est dans l'incantatoire, le tout est que ce soit crédible.