Jeff Koons à Versailles, c'est clair, ça décoiffe. Mais c'est aussi le but, l'art contemporain (et celui de Jeff Koons en particulier) ne s'apprécie pas uniquement en fonction de l'objet in abstracto, mais comme un ensemble entre l'objet en lui-même, ce qui l'entoure et le sens que cela produit (qui peut d'ailleurs être différent selon les personnes). Même si je ne suis pas un fan de Jeff Koons, le principe de son exposition temporaire au château de Versailles ne me choque pas.

Par contre, ce qui m'amuse, mais aussi m'afflige, c'est le niveau des détracteurs.

Première série, les rétrogrades. Versailles est un monument national, un objet sacré, qui doit rester dans l'état où il était sous Louis XIV. Interdiction de le faire évoluer. D'abord, Versailles n'est pas dans le même état que sous Louis XIV, qui ne s'y retrouverait pas forcement s'il revenait. Louis XV et Louis XVI y ont fait des travaux, ajouté des constructions (la salle d'opéra date de 1770). Le palais tel qu'il se visite est démeublé, vide, ce n'est qu'un décor sans vie. L'ambiance qui y régnait sous l'Ancien Régime a totalement disparue. Vouloir défendre quelque chose qui n'existe pas, c'est assez risible !

Deuxième série, les langues de putes : "les détracteurs, qui ne peuvent s'empêcher de glisser qu'avant d'être nommé à Versailles Jean-Jacques Aillagon fut directeur du Palazzo Grassi, à Venise, propriété de l'industriel François Pinault, grand collectionneur de... Jeff Koons". En France, on croit que tout ne fonctionne que par copinage, on soupçonne en permanence le conflit d'intérêt. C'est tout simplement petit et bas. Croire que cette exposition est destinée à faire monter la cote de Jeff Koons pour rendre service à François Pinault, grand collectionneur de Jeff Koons, c'est absurde. D'abord, Jeff Koons n'a pas besoin de ça pour voir sa cote grimper. Ensuite, François Pinault est dans une logique de collectionneur, pas de marchand. Il a des Jeff Koons, mais ce n'est pas pour les vendre, c'est pour les garder. Que la cote monte ne lui fera pas vendre les pièces qu'il détient.

Même si je suis pas fana d'art contemporain (enfin pas n'importe quoi), j'estime que cette exposition est parfaitement justifiée. Elle ne plaira pas à tout le monde, mais ceux qui n'aiment pas ne sont pas obligés d'y aller. Il retrouveront assez vite leur cher décor baroque quand les sculptures de Koons seront décrochées, à la fin de l'année.