On me disait que Monsieur Aphatie était un bon journaliste, excellent même. Je dois vous dire qu'à la lecture de son dernier billet, j'ai une bien piètre opinion de lui. Et encore, je suis gentil. On accuse les blogueurs d'incompétence, de ne tenir que des propos de café du commerce, visiblement, quand les journalistes se mettent à bloguer, ils s'alignent sur ce standard qu'ils dénoncent pourtant régulièrement.

Ce matin donc, Monsieur Aphatie reprend la vieille rengaine poujadiste de l'absentéisme des députés dans l'hémicycle, en prenant qui plus est, un très mauvais exemple, celui du débat sur le livre blanc sur la défense. Je vais donc une fois de plus, reprendre mon bâton de pèlerin, pour expliquer la réalité des choses.

Le travail parlementaire ne se résume pas à ce qui est visible, à savoir la séance publique. Il y a tout un travail de fond, en amont, en commission, lors d'auditions, de déjeuners de travail, de rencontres informelles. La séance publique n'est que le lieu de la validation juridique et accessoirement un théâtre pour psychodrames politiciens. L'absentéisme en séance publique pose un problème quand il n'y a effectivement que vingt députés, toutes tendances confondues, pour entériner des décisions lourdes. Mais là dessus, l'opposition est aussi coupable, voire davantage, car si elle se mobilise, cela oblige la majorité à le faire. On se retrouve ainsi avec des hémicycles biens garnis. Ils savent le faire, mais c'est une fois par an, sur des textes particulièrement emblématiques.

Dans le cadre de ce débat sur le livre blanc de la Défense, il n'y avait pas de vote. Il s'agissait juste d'un échange entre parlementaires, suite à une déclaration du gouvernement. On se trouvait donc uniquement dans la configuration théâtre, et absolument pas dans celle de "validation juridique". En plus, vu les maigres pouvoirs dont dispose le Parlement en matière de défense, l'enjeu est faible, ce débat, c'est du pur blabla.

Dans ces conditions là, avoir 40 parlementaires présents dans l'hémicycle un jeudi après midi, c'est un excellent score ! C'est un nombre idéal pour mener un vrai débat. Les spécialistes, ceux qui ont quelque chose à dire, sont présents, et peuvent débattre dans des conditions d'écoute satisfaisantes. Qu'est ce que cela apporterait d'avoir 300 députés présents dans l'hémicycle (dont 250 n'ayant rien à dire et lisant leur journal ou faisant des cocotes en papier) ? J'aimerais que Monsieur Aphatie réponde à cette question ! Je peux lui dire que les inconvénients seraient bien supérieurs aux avantages !

Le travail du journaliste devrait, si j'en crois les mythes répandus par cette profession sur elle-même, éclairer, informer, dépasser le visible et les illusions d'optique pour donner aux lecteurs une vision complète des choses telles qu'elles sont. Dans ce billet, Monsieur Aphatie (que je n'ai jamais croisé dans les couloirs du parlement) rebondi sur une dépêche AFP pour embrayer sur un cliché poujadiste et le conforter de son indignation vertueuse. Un vrai blogueur !