On cause beaucoup de nethique, de déontologie, de charte pour mettre en place une régulation de la blogosphère. Jusqu'ici, ça faisait surtout rire. Et voilà que le Parlement européen se penche sur le sujet, au détour du rapport d'une euro-députée estonienne (faudra l'inviter à la prochaine Rdb bruxelloise).

Première réaction, c'est "mais fallait pas, c'est trop d'honneur" suivi de "merde, fini le temps de l'insouciance, on est repérés". Nous commençons à arriver dans le champ des radars. C'est à la fois flatteur, mais aussi flippant, car c'est clair, à moins de nous organiser sérieusement (et j'ai des doutes très fort sur notre capacité à le faire), des contraintes non souhaitées vont nous tomber dessus. Soit des nouvelles contraintes, soit une plus grande rigueur dans l'application des règles déjà existantes (ce qui chez certains, revient à la même chose). Nous en sommes au stade préparatoire, un peu avancé quand même. Il faut donc réagir et faire connaitre à des gens qui visiblement n'ont pas le "vécu", une part de la réalité des blogs. Notre voix n'est pas la seule à être légitime, mais elle apporte un éclairage intéressant.

Quels sont les inquiétudes des euro-députés ? La première crainte est liée à l'anonymat. Qui est derrière le blog ? Quels sont les risques de manipulation du fait de cet anonymat ? Je pense qu'il y a là beaucoup de fantasme. En cherchant bien, on trouve bien qui est derrière un blog, que ce soit par les mentions légales, par les adresses IP de ceux qui postent au nom de ce blog, par l'origine des informations et des contenus publiées sur ce blog. L'influence d'un blog ne s'insérant pas dans le réseau global est assez faible et s'insérer dans le réseau amène forcement à se dévoiler un peu. Un anonymat ne tient pas bien longtemps sur internet.

Ensuite, croire à l'influence "massive" des blogs, c'est bien trop d'honneur. Il faut se rendre compte que le blog est un média de niche, qui n'aura jamais, à quelques exceptions près, une ingfluence réelle. Et les auteurs de ces quelques blogs "influents" sont en général identifiés.

Troisième preuve de méconnaissance du monde des blogs, croire que l'internaute avale tout, sans esprit critique, que tout le monde peut dire n'importe quoi sans susciter la moindre réaction. Il existe une véritable auto-régulation, et dès qu'un blog connait une certaine audience, il est soumis à l'examen et à la critique (parfois très acide) de ses pairs. S'il s'avère que le blog est en fait un outil de propagande, il se trouvera bien quelqu'un pour mettre cela en lumière. Le buzz s'occupera du reste, les blogueurs n'aimant pas franchement ce genre de pratique de "blog-faux nez". Nous ne sommes pas dans une configuration "médias officiel", où les dérapages sont rarement signalés, et encore moins souvent sanctionnés.

Les euro-députés ne devraient pas être inquiets, car il existe, sans même qu'il y ait besoin d'une quelconque charte, chez les blogueurs une éthique, une déontologie et une (relative) indépendance vis-vis des contraintes économiques qui sont encore le meilleur rempart contre que les tentatives de manipulations, bien plus que tous les systèmes normatifs et contraignants. En tout état de cause, si les choses doivent évoluer, il serait très mal vu que cela vienne de l'extérieur...