Rue89 sort un article sur le conflit entre Ségolène Royal et ses anciennes assistantes. Voilà un boulot qui aurait du être fait depuis le début, si les journalistes avaient été à la hauteur. Effectivement, l'affaire mérite pas tout le foin que l'UMP, et notamment Frédéric Lefèvre essayent de monter autour de ça. Les deux anciennes assistantes se plaignent d'avoir travaillé pour Ségolène Royal entre la dissolution d'avril 1997 et leur reprise par son suppléant, fin juillet 2007. Normalement, c'est une histoire qui n'aurait jamais dû arriver au prud'hommes, et encore moins en appel. Il y a donc un souci.

21 avril 1997, Chirac (honnie soit sa mémoire sur ce coup là) dissous l'Assemblée nationale. Pour les assistants, c'est fin de contrat immédiate (et donc plus de paie), une semaine pour vider le bureau parce qu'après, c'est fini, plus d'accès, plus de badge, plus le droit d'utiliser les moyens de l'Assemblée nationale. Comme la plupart des députés sortants se représentant, Ségolène Royal prend ses assistantes pour faire sa campagne, en leur proposant un CDD payé sur le compte de campagne. Elle n'a pas le choix, toutes les dépenses de campagne devant apparaitre sur le compte (sinon, risque élevé d'invalidation). Les deux assistantes ont du suer sang et eau pour cette campagne, comme tout assistant normal. Elles ont été payées sur le compte de campagne (une misère sans doute, mais là aussi, normal) et ont continué à toucher leur préavis, qu'elles ont été dispensée d'accomplir. Là encore, Ségolène Royal n'avait pas le choix, car sinon, elle serait tombée sous le coup de "utilisation des moyens du mandat pour faire campagne", avec là encore, des risques d'ennuis sérieux avec la commission des comptes de campagne. Financièrement, les deux assistantes s'en sortent, mais vu l'investissement physique que représente une campagne improvisée et dans l'urgence, ce n'est que justice.

Bien entendu, les deux assistantes se sont vus promettre d'être réembauchées en cas de victoire. Dès le 4 juin, Ségolène Royal est nommée au gouvernement. Cela retarde la réembauche, car il y a un délai de carence d'un mois avant que le suppléant ne soit officiellement proclamé député et puisse embaucher. Mais si c'est juste histoire d'un mois sans salaire, ce n'est pas grave. Pour un assistant, voir son parlementaire entrer au gouvernement, c'est le jackpot ! Il peut espérer intégrer le cabinet ministériel, soit comme conseiller politique s'il est très proche de son patron, soit comme conseiller chargé des relations parlementaires (le cas le plus fréquent pour l'assistant parisien) soit comme conseiller chargé des "affaires réservés" (le suivi de la circonscription et des dossiers locaux). C'est un très bel accélérateur de carrière. Pour les deux assistantes de Ségolène, ça aurait dû être Champagne ! Et bien non, ce fut prud'hommes, bien qu'elles aient été reprises par le suppléant. C'est là que le bât blesse.

Le litige est officiellement présenté comme une question d'argent, de salaires pas versés. Il y a autre chose, car cette question d'argent aurait pu être réglée sans problèmes, par quelques belles primes versées par le suppléant, voire mieux, par une petite enveloppe puisée sur les fonds secrets. Non, le problème est d'abord humain, c'est ce que j'ai dit dès le départ. Les assistants parlementaires ne roulent pas que pour l'argent, ils veulent aussi de la reconnaissance et une petite part de pouvoir (celle du conseiller de l'ombre). Ségolène Royal a du être franchement odieuse pour qu'une affaire aussi minime soit portée aux prudhommes. Pour plaquer ainsi son parlementaire alors qu'il vient d'entrer au gouvernement, pour un enjeu financier aussi ridicule, il faut vraiment en avoir gros sur la patate et strictement plus rien à perdre !

La principale leçon que l'on peut tirer de cette affaire, c'est que Ségolène Royal traite ses collaborateurs comme de vieilles serviettes, qu'ils soient assistants parlementaires ou vice-présidents de conseil régional. Mais pas besoin d'attendre cette condamnation pour le découvrir, la chose était connue depuis longtemps dans les couloirs des palais nationaux.