Jean Pisani-Ferry a une phrase très juste dans son article sur la raison des problèmes récurrents de déficit public en France : "Les déficits témoignent aussi d'une fixation sur l'instant, d'une incapacité collective à se projeter ne serait-ce que de quelques années dans l'avenir, qui est la caractéristique des pays obsédés par les conflits de répartition".

La Gauche française a depuis toujours choisi de mettre l'accent, fortement, sur la question des "inégalités" et donc de la répartition de la richesse. C'est un dogme, qui pèse sur toute tentative de rédéfinition de la pensée politique de gauche. Encore et toujours, il faut affirmer sa volonté de réduire les inégalités, quand bien même on mène une politique qui a l'effet contraire. C'est typiquement le cas du PS, où le choix a été fait en 1983, avec la fameuse politique de "désinflation compétitive" de tourner le dos à la réduction des inégalités. depuis cette date, le PS a maintenu ce choix, passant du social au sociétal comme fond de commerce politique. C'est l'une source de son malaise, la schizophrénie n'étant jamais facile à vivre.

Ce faisant, le PS a laissé ce terrain à l'extrême gauche, trop heureuse de s'y ébattre et de s'y lancer dans des surenchères d'autant plus faciles à mener qu'elles n'ont aucune chance d'être mises en oeuvre. Cela a créé une pression sur la gauche de gouvernement, qui existe encore aujourd'hui. L'extrême gauche ne vit que grâce à cette rhétorique qui consiste à monter ceux qui sont (ou se disent) "sans-quelque chose" contre ceux qui "ont" (du moins ceux que l'on présentent comme tels). C'est cette pression qui explique le maintien de l'ISF, contre toute logique économique et fiscale (même les socialistes espagnols n'en veulent plus).

Nous arrivons là une question de culture politique, et à cette prégnance du marxisme, qui analyse la réalité en terme de conflits, de luttes. On nous parle souvent de copier les modèles de l'Europe du Nord, sans se rendre compte que nous n'y arriverons jamais, car sous les mécanismes, il y a une culture politique très différente. Tant que nous ne ferons pas évoluer notre culture politique, nous resterons dans ces impasses politiques, où nous gaspillons notre énergie à produire du vent et des blocages.