Depuis hier et le coup de trafalgar sur les OGM, il souffle un vent de panique dans les bureaux de Jean-François Copé. Et il y a de quoi.

L'adoption de la question préalable est due au départ de quelques députés UMP, juste avant le vote, car ils ne voulaient pas voter. C'est donc clairement un acte de "sabotage" et non pas un défaut de surveillance de la part des chargés de mission du groupe UMP. Là où Copé n'a pas été bon, c'est qu'il aurait du sentir qu'il y avait un problème et qu'il fallait bétonner. Mais lui-même ayant quitté l'hémicycle pendant le discours de Chassaigne, comment voulez-vous que la boutique tienne si le chef ne donne pas l'exemple. Il y a eu sur cette deuxième lecture du projet de loi OGM une légèreté coupable de tout le monde, du gouvernement comme du président du groupe UMP. NKM n'était pas présente le matin même à la réunion du groupe UMP, le sujet des OGM y a été abordé négligemment, juste pour signaler "eh, n'oubliez pas qu'il y a OGM ce soir, soyez là pour voter" alors qu'il aurait fallu battre le rappel des troupes au tambour. Et suprême habileté, on met une socialiste pour présider la séance de l'après midi (là c'est Accoyer qui a merdé). Des négligences à tous les étages, par un troupeau d'autruches ! Les accidents graves arrivent souvent comme ça, par une séries de petites négligences.

Et maintenant que le couvercle de la marmite a sauté, on continue de plus belle avec la réforme des institutions. Là encore, voilà un texte qui ne plait pas aux parlementaires UMP. Ils ont fait savoir en temps utile leur malaise, sur la méthode, sur le contenu (il y a de bonnes choses et d'autres nettement moins bonnes), sur la nécessité de passer un deal avec la gauche (et à quel prix...). Bref, un texte à "malaise majoritaire" où il faut beaucoup de doigté pour à la fois satisfaire l'opposition sans mécontenter sa majorité. La réplique du séisme ne s'est pas fait attendre, puisque la commission des affaires étrangères a retoqué l'article qui lui était soumis pour avis (par 4 voix contre 3, une honte en terme d'assiduité), la commission des lois a elle retoqué l'article sur le nombre maximum de ministres et a adopté un amendement socialiste qui limite le cumul des mandats pour les ministres. Les députés UMP se lâchent (et c'est très drôle). Ils profitent d'un trou d'air de l'exécutif pour reprendre (provisoirement) un peu de poids politique.

Il va bien falloir que quelqu'un siffle la fin de la récré. Copé ? Il n'a plus, pour le moment, l'autorité suffisante sur ses troupes (si tant est qu'il la retrouve un jour). Karoutchi, c'est un bon manoeuvrier, mais il n'a pas le poids politique suffisant pour refermer le couvercle de la marmite. Sarkozy ? ce n'est pas le boulot du président de la république que de régler ce genre de détails et son autorité est également un peu usée. François Fillon ? Il est difficilement crédible en méchant père fouettard, et il manque lui aussi d'autorité (largement du fait des agissements de Sarkozy). Il vont donc devoir s'y mettre à plusieurs, et surtout, lâcher du lest sur pas mal de sujet dont la réforme institutionnelle, qui risque d'être soit vidée de son sens, soit purement et simplement abandonnée. Je penche d'ailleurs pour la seconde option.