La condamnation de Ségolène Royal a déclenché une vague d'intérêt médiatique pour le sort des assistants parlementaires. Je croule sous les demandes d'interviews qui ont triplé (passant de 0 à 3). Une interview sur France 3, une autre , une troisième pour le bleu de profession politique. Dans le même temps, tout le monde y va de son couplet misérabiliste sur les "pauvres assistants martyrisés", sur les "méchants patrons exploiteurs", genre Backchich ou Médiapart. Bien souvent, les journalistes s'abreuvent à la même source, celle qui se donne le plus de mal pour être visible, le syndicat UNSA, qui justifie son existence par ce discours misérabiliste. De temps à autres, ils picorent dans les sources qu'ils trouvent sur le web, notamment moi, et surtout mon collègue l'Assistant parlementaire. Je signale aux journalistes qu'il existe des associations de collaborateurs, bien plus représentatives que le syndicat, qui jouent aussi un rôle de défense des intérêts des collaborateurs. Pour l'Assemblée nationale, à droite, il y a l'AFCP (présidée par Pascal Favre, collaborateur d'Yves Bur) et à gauche le CCAP. Il ne me semble pas les avoir beaucoup entendus.

Il faut arrêter de regarder les choses uniquement par le biais des conflits, des malheurs. Il y a nettement moins de suicides au Parlement, les deux chambres réunies, que dans les technocentres des constructeurs automobiles. Des conflits du travail, des licenciements abusifs qui se terminent aux prudhommes, il y en a, mais pas plus qu'ailleurs. Bien entendu que je ne sais pas tout, que ma connaissance du sujet se limite à mon cercle, mais enfin, je commence à connaitre du monde dans les couloirs de l'Assemblée et je n'ai pas tant que cela de retours négatifs. Quand cela se passe moins bien, le collaborateur cherche autre chose et s'en va, soit avec un autre parlementaire, soit ailleurs (dans les cabinets de lobbying notamment). Ca bouge suffisamment pour que l'on ait pas trop de mal à se recaser. Les principales plaintes des assistants portent sur les salaires, comme partout, et sur les mesquineries et obstacles que nous mettent les fonctionnaires de l'Assemblée. La plupart se sentent très bien avec leurs parlementaires !

Les relations entre les députés et les collaborateurs ne sont pas mauvaises. Ce sont très souvent des gens de valeur, et s'il y a quelques caractériels (voire un ou deux tarés), il y en a beaucoup qui sont absolument charmants, agréables et avec lesquels tout se passe merveilleusement. Les députés sont conscients d'avoir besoin de nous. Ceux qui veulent travailler et s'investir sur les dossiers législatifs ne peuvent pas de se passer d'un assistant, et s'ils en veulent un de qualité, ils savent qu'il faut bien le payer et bien le traiter. Sinon, ils n'auront que des brels. Ils savent aussi qu'ils ont une réputation, que celui qui passe pour un caractériel, un exploiteur ou un pingre aura du mal à recruter et à conserver ses collaborateurs. Comme dans toute entreprise, et encore plus pour les TPE (car un cabinet parlementaire est une TPE) le turn-over est mauvais, car à chaque fois, il faut former le nouveau, il faut qu'il entre dans les dossiers.

C'est vraiment pénible qu'à chaque fois qu'ils abordent un sujet, certains journalistes cherchent à faire dans le sensationnel, dans l'émotion. Ils semblent incapables de rendre compte de ce qu'est réellement une profession, préférant tordre la réalité, la présenter sous un biais particulier, parce que c'est ce qu'attend le public, et que pour vendre du papier (ou de l'abonnement à 9 euros), il faut donner au public ce qu'il attend.