Les discussions sur le texte OGM sont laborieuses. Et encore, je suis gentil. En ce jeudi, fin d'après midi, nous en sommes encore à l'article 1. Tous les ingrédients sont réunis pour que l'affaire tourne au désastre pour le gouvernement et l'UMP.

Premier signal, l'adoption, hier soir, d'un amendement qui permet de limiter sérieusement les lieux où on pourra cultiver les OGM, en excluant les zones d'AOC. L'affaire s'est déroulée de manière très curieuse. Plusieurs amendements identiques ont été déposés sur ce sujet. Le premier, de Louis Giscard d'Estaing, est retiré pour faire plaisir au rapporteur (et sans doute suite à d'amicales pressions en coulisses de la part des responsables du groupe UMP lors de la suspension de séance), bien que ce soit le fruit du travail d'une mission d'information. Jean-Pierre Brard le reprend à la volée et l'amène au vote. Résultat, 56 pour, 56 contre. Ce qui sauve la droite sur cette reprise de volée, c'est que l'égalité de voix vaut rejet. Un amendement socialiste identique est lui aussi repoussé par 58 voix contre 57. La troisième tentative est la bonne, puisque l'amendement 252, identique, est lui adopté. Etrange me direz-vous. Pas tant que cela, car les deux premiers votes, qui ont permis de repousser (de justesse) les amendements avaient lieu par scrutin public, où on sait qui a voté quoi (c'est légèrement plus compliqué, mais cela ne vicie pas la démonstration), alors que le troisième scrutin avait lieu à main levé, où personne ne note qui vote quoi. Certains députés UMP, favorables aux amendements, on voté contre quand leur nom aurait pu apparaitre, et ont voté pour lors du vote à main levée. Cela ne les a pas empêché de se prendre un savon de la part des hiérarques UMP. Mais le mal était fait, l'amendement était adopté. Le groupe UMP a préféré arrêter les frais en demandant la levée de la séance. Bien entendu, dès le lendemain, les députés de gauche se sont fait un plaisir de mettre du sel dans la plaie, et de fanfaronner.

Deuxième problème, on sent clairement que ce dossier, c'est une patate chaude que les leaders UMP se refilent. Personne ne veut être en première ligne. Le rapporteur, Antoine Herth, est quelqu'un de gentil, mais il n'a pas la poigne et l'autorité suffisante pour mener la barque. Les deux ministres, Borloo et NKM passent leur temps à se crêper le chignon et pensent surtout au Grenelle de l'Environnement. Pour sauver leur grande oeuvre écologique du mandat, ils semblent prêts à sacrifier le texte OGM, multipliant les avis de "sagesse" qui veut dire en langage parlementaire "faites ce que vous voulez". La défense du texte par ceux qui sont censés le porter est très molle. C'est dans un tel contexte que les risques d'adoption d'amendements indésirables sont les plus forts. En cas de gros cafouillage, ce n'est plus le texte qui est plombé, mais l'autorité du gouvernement, qui donne l'impression de ne pas tenir sa majorité.

Troisième souci, à échéance moins immédiate, la levée de l'urgence. Le gouvernement avait déclaré l'urgence sur ce texte, avec donc une seule lecture par chambre. Là, nous allons avoir une deuxième lecture au Sénat, donc un nouveau risque de dérapages et de combats si jamais les sénateurs se figent sur leurs positions et refusent tout compromis. Tout cela sera encore précédé et accompagné d'un barnum médiatique.