Les débats sur les OGM est l'occasion d'une magnifique démonstration de lobbying et de communication de la part des anti-OGM. Du travail de professionnel, au point que tout le monde, ou presque, avale sans broncher ce qui n'est que l'opinion d'un camp. Les OGM (sans préciser davantage) sont devenus l'équivalent de la peste, réveillant dans notre inconscient collectif le souvenir très lointain, mais jamais complètement effacé, de l'épidémie de 1348, qui tua un tiers de la population européenne. Etre touché par un grain d'OGM risque de vous contaminer, et vous porterez le malheur sur vos épaules, vous et vos enfants sur sept générations. Et pour compléter le tout, on crée un méchant, Monsanto. Pour cela, pas bien compliqué, il suffit de jouer sur les réflexes anti-microsoft. Une firme US, riche, puissante, arrogante, bref, la route est ouverte pour que l'amalgame se fasse de lui-même. On s'assure bien que la sauce prend en faisant diffuser, fort opportunément quelques jours avant un débat parlementaire sur le sujet, un documentaire militant, type Mickael Moore et le tour est joué.

A un niveau plus fin, il y a un travail mené sur la presse, qui une fois de plus, s'est fait enfumer, tendant généreusement le micro et la caméra aux anti-OGM sans recul et sans grande nuances. On a beaucoup entendu deux parlementaires UMP, le sénateur Legrand, et le député Grosdidier. Pour être relayés, leurs propos l'ont été. Ils ont d'ailleurs été quasiment les seuls UMP à être médiatiquement audibles. Et pour cause, ils tenaient le discours qu'attendaient les anti-OGM, jouant ainsi le rôle "d'idiots utiles". Les journalistes se sont jetés dessus, sans se demander si ces deux parlementaires reflétaient la position de leurs groupes. Or, il se trouvent que ces deux là sont des marginaux, des isolés, comme a pu l'être Roselyne Bachelot sur la question du PACS. A aucun moment, je n'ai vu de remise en prespective, de prise de hauteur sur le pourquoi et le comment de leurs prises de positions. Je vais donc tenter ici de me livrer à ce petit exercice.

Le sénateur Legrand est un sénateur type, homme, blanc, la soixantaine, président de conseil général. Il était jusque là un spécialiste reconnu sur ces questions d'OGM, un de ceux qui faisaient l'opinion au Sénat sur ce thème. Et puis il a commis une faute, il s'est rendu complice de la danse du ventre de Nicolas Sarkozy devant José Bové, au moment où celui ci a entamé une grève de la faim, en janvier 2008. Le but du petit moustachu était de faire pression pour "mettre en condition" les français avant le débat parlementaire, et obtenir l'interdiction du maïs MON810 de Monsanto, seule variété transgénique cultivée en France. Et il a obtenu satisfaction, à la grande fureur des pro-OGM, des agriculteurs et plus globalement du monde rural. Dans les campagnes, ils ont retenu que "Nicolas Sarkozy a baissé son pantalon devant José Bové". Les sénateurs, qui sont proches des élus locaux, ont tout de suite vu le danger que cela représentait : on était à deux mois des cantonales, et ce genre de trucs, ça peut vous faire basculer des départements ruraux. Il suffit qu'un certain nombre d'électeurs de droite "oublient" d'aller voter, et quelques sièges basculent. L'examen du texte OGM n'a été qu'une opération de déminage de la part des sénateurs, qui se sont acharnés symboliquement, créant notamment un délit de fauchage volontaire, alors même que de tels faits sont déjà pénalement répréhensibles. En temps normal, les sénateurs laissent ce genre de singeries médiatiques aux députés, et font un bien meilleur travail juridique. C'est dire l'ampleur de leur mécontentement. Le sénateur Legrand, qui s'est ouvertement prêté au jeu de l'Elysée en rendant un pseudo-avis, avec les mots qui étaient attendus, a été véritablement ostracisé par ses collègues, au point qu'il n'a même pas osé venir dans l'hémicycle défendre les nombreux amendements qu'il avait déposé sur ce texte. Désormais, au groupe UMP du Sénat, le sénateur Legrand est un paria et le restera sans doute jusqu'à la fin de son mandat.

A l'Assemblée, l'idiot utile s'appelle François Grosdidier. Lui, c'est un marginal de longue date, le genre de type qui guette toutes les occasions d'apparaitre devant les caméras. C'est un solitaire, qui joue perso et n'hésite pas une seule seconde à poignarder si ça peut lui rapporter. Il est assez mal vu par nombre de ses collègues, et cela ne va pas s'arranger. Car en prenant cette position ouvertement anti-OGM, il a agit par pur opportunisme. Il est surtout connu pour ses propos un peu limites sur les "you-you" à la sortie des mariages et ses attaques contre les groupes de rap. Bref, un peu le genre tête brulée qui balance et réfléchit après (éventuellement).

Pour avoir les vraies positions de chacun, je ne peux que vous conseiller de lire les débats à l'Assemblée nationale. Bien qu'un peu houleux, ils sont d'une grande richesse, chacun pouvant exposer pleinement sa pensée, dans ses nuances, ses réserves.