La presse française, y compris le Figaro, n’en a que pour les démocrates. Le prochain président des USA sera nécessairement un démocrate et toute information allant dans ce sens est immanquablement relayée.

Un sondage donnerait McCain battu par Obama, mais aussi par Clinton. Le commentaire appuye bien sur les handicaps de McCain. C’est vrai que l’âge du républicain est plutôt un handicap, mais bon, Reagan a bien été élu à 69 ans, et depuis 1980, la médecine a fait des progrès. A 71 ans, on peut encore être en pleine forme, avec de très belles années devant soi. Autre handicap, plus grave à mon avis, McCain passe mal chez les évangéliques et les fondamentalistes, électorat clé chez les républicains. Il peut rattraper cela par le choix d’un vice-président apprécié de cette frange. Ce serait la logique des choses, le candidat à la présidence ratissant au centre pendant que son colistier rassure les extrêmes. Le soutien de W peut être handicap, mais s’il intervient maintenant, c'est-à-dire tôt, et qu’ensuite, W se tait et fait discrètement campagne, c’est tout bénéfice. Il aurait été plus mauvais pour McCain de ne pas avoir le soutien de Bush, qui reste apprécié de franges de l’électorat dont il a besoin, et notamment les fondamentalistes protestants et les indépendants. Rien d’irrémédiable donc pour le candidat républicain.

Ce qui me chiffonne, c’est le manque d’esprit critique face à ce sondage. Alors que la course à l’investiture républicaine est terminée, par la victoire de McCain avant la limite, elle fait rage dans le camp démocrate, avec un suspens et des rebondissements dignes d’Hollywood. La différence de présence dans les médias est donc énorme, ce qui entraîne forcement une « prime » pour ceux que l’on n’arrête pas de voir, qui font du charme et occupent l’espace. Loin des yeux, loin du cœur.

Et bien entendu, pas un mot sur les faiblesses démocrates. Et pourtant, il y en a. Financièrement, le candidat démocrate investi risque d’être un peu à sec, car la campagne pour l’investiture a été très longue, très dure, et ce n’est pas fini. Certes, Obama et Clinton ont battu des records de levées de fonds, mais en ont dépensé aussi. Dans le même temps, McCain a pu ménager sa monture et continue tranquillement à remplir ses caisses. Et on sait combien un campagne aux USA se joue sur ça. Deuxième faiblesse, quelque soit le démocrate investi, il ne faut pas qu’il attende un ralliement, franc, loyal et massif de l’autre. Obama et Clinton se détestent, la dureté de la campagne n’arrange rien. Le démocrate battu aura de la rancœur, car cela se jouera sans doute à pas grand-chose. Un ticket Obama-Clinton ne serait pas une solution, car il faut un minimum d’entente pour faire face à la machine à détruire que les républicains ne vont pas manquer de lancer (ils sont très doués pour ça). Un affrontement tel que celui que nous vivons en direct entre Obama et Clinton laisse des traces. Forcement !

Enfin, l’élection proprement dite, c’est en novembre. Les choses peuvent changer. Rappelez vous qu’à l’automne dernier, la grande favorite pour l’investiture démocrate était Hillary Clinton, plus du tout assurée de l’obtenir cet été. Les sondages qui sortent actuellement sur l’issue finale de l’élection sont donc à prendre avec prudence.