Les expertises scientifiques ont été nombreuses, avec toutes les techniques possible. La plupart arrivent à la même conclusion : le suaire de Turin ne date que du Moyen Age. Cela est corroboré par les faits historiques, puisque ce suaire est inconnu des textes avant le 13ème siècle. Vu la formidable passion du monde médiéval pour les reliques, il est inimaginable que le suaire du Christ n’ait pas été mentionné.

Pourtant, certains continuent à tenter de nous faire croire que c’est le bien le linge qui a enveloppé le Christ dans son tombeau. C’est un peu la même quête que pour Louis XVII. On a beau prouver clairement que cet enfant est mort à la prison du temple en 1795, il y en aura toujours pour croire le contraire.

Je croise cela avec ma lecture en cours « La critique et la conviction », de Paul Ricoeur. Il y développe un discours sur la résurrection qui me semble très pertinent. Jésus est mort physiquement le vendredi saint, le récit de cette mort est connu, bien détaillé dans les évangiles. L’opinion courante conçoit cette résurrection comme une sortie du tombeau. Au bout de trois jours, Jésus se lève et sort, comme Lazare avant lui. Une résurrection physique, qui suit une mort physique. Ricoeur lit autrement cette résurrection. Pour lui, Jésus de revient pas physiquement sur terre. Après sa mort, s’écoule un temps de latence, « le tombeau vide », accompagné de signes montrant que les disciples cherchent Jésus là où il n’est pas. La vraie résurrection, c’est lors de la pentecôte, quand la communauté reconnaît Jésus comme le Christ, qui ressuscite ainsi, mais dans les esprits et les cœurs. Pour Ricoeur, l’évangile de Marc va même plus loin, en laissant penser que Jésus ignore qu’il était le Messie, destiné à être le fondateur d’une nouvelle église, et que sa mission ne pouvait s’accomplir que par sa mort physique, et par la réappropriation de son message, de son histoire et de son charisme par une communauté dont il est le ciment.

Dans cette vision, assez hétérodoxe il est vrai, la question du suaire n’a ni sens ni utilité. Nul besoin de prouver que les évangiles retracent une vérité historiquement prouvable, avec des indices matériels. Les fariboles sur le tombeau du Christ sont de la même farine. En prenant ce chemin de traverse, on s’éloigne d’une vision fondamentaliste du christianisme, où la Bible est prise au pied de la lettre, où tout ce qui y est écrit doit être lu comme peut l’être un reportage ou un article de presse.

Vous devinez bien que j’adhère pleinement à la lecture proposée par Ricoeur. Les écritures sacrées sont pour moi davantage un mythe fondateur, l’expression d’une sagesse, d’une vision de l’homme et du monde qui n’a pas besoin d’être historiquement ou scientifiquement prouvée pour être acceptable. On est ici pleinement dans le domaine de la Foi.