Etre bien positionné dans le classement de référence, c’est le rêve, avoué ou non, de tout blogueur. Certains ont bien analysé ce qui fait la spécificité des blogueurs « de haut de classement », c’est la capacité à lancer des débats, et à être ainsi repris. C’est aussi leur compétence reconnue d’analystes, que ce soit pour la politique ou pour d’autres domaines comme le droit ou l’économie. On y trouve aussi les portes paroles d’une communauté, ceux qui expriment la pensée et le ressenti d’un groupe « tellement mieux que je ne le ferais ».

Mais il y a aussi un autre moyen d’atteindre un rang honorable : le troll ! Cela demande du talent, car le bon trolleur doit savoir doser exactement les ingrédients. La provoc doit être calculée au millimètre, en sachant exactement jusqu’où aller, le tout avec une maîtrise (au moins en apparence) technique du sujet et une argumentation logique. Le bon troll est celui où on sent le parti-pris et la mauvaise foi, mais où le tout est suffisamment masqué pour que le néophyte s’y laisse prendre. Bref, c’est crédible et c’est ça qui énerve.

L’art est difficile car si l’attaque est grossière ou outrancière, ou que le sujet n’est pas maîtrisé techniquement, le trolleur se disqualifie tout seul et la sauce ne prend pas. Soit on ne lui répond pas, soit c’est l’hallali. Il faut en dire un peu pour que le clavier titille de répondre, mais pas trop pour que le lecteur se demande si c’est du lard ou du cochon et hésite à sortir l’artillerie lourde. Un beau troll bien réussi peut donner un débat d’excellente qualité, si les commentateurs sont au niveau.

La vraie réussite du trolleur, c’est quand ceux qui l’abhorrent viennent quand même le lire, en redoutant à chaque fois de sentir leur poil se hérisser.