La commission Attali n'a pas encore rendu son rapport (c'est mercredi) mais on a déjà pas mal d'éléments sur son contenu. Un premier prérapport avait été rendu à l'automne, donnant quelques indications sur le contenu, mais surtout sur l'esprit. Il s'agissait de préparer les esprits à un contenu assez iconoclaste, qui risquerait de donner un grand coup de pied dans le cul à beaucoup de monde et de susciter un fort rejet si on ne préparait un peu les esprits.

La deuxième étape du teasing vient d'avoir lieu, avec quelques "fuites" dans le journal les Echos. J'attends la sortie officielle du rapport pour faire mes commentaires sur les mesures proposées. Par contre, une phrase qui accompagnait ces mesures et donne l'esprit de ce rapport m'a frappée. "La France reste largement une société de connivence et de privilèges". Ce serait le principal obstacle au renouveau, une désespérance pour la jeunesse.

Cette phrase m'a frappée quand je l'ai lue. De par ma position, j'ai beaucoup d'informations sur la manière dont fonctionne le pouvoir politico administratif. Pour réussir à haut niveau en France, il faut entrer dans le système, et une fois que vous y êtes, vous avez tout. On vous trouve un job, on vous donne les bons contacts, pour vous et VOS ENFANTS ! C'est un milieu qui est rempli de fils à papa, qui décrochent leur job par le réseau, même si objectivement, ils ne sont pas meilleurs que d'autres (attention, il n'y a pas non plus que des toquards chez les fils à papa). Au passage, ce petit monde s'offre quelques avantages sur le dos de la collectivité. Essayez donc de demander un beau logement dans le domaine privé de la ville de Paris. Il y a justement un tel bel appartement qui doit être libéré par un certain monsieur Bolufer. Quand on regarde la liste des bénéficiaires de ces petits privilèges, on trouve des personnalités, de tous bords politiques, de différents milieux (surtout politique, haute administration, artistes). Certains noms ne vous dirons rien, mais aucun n'a obtenu un tel appartement par hasard.

Nous avons tous, à un moment ou un autre, senti cela, par un petit détail (tiens, un tel à réussi à entrer dans telle boite). C'est dit avec plus ou moins de talent dans ces bouquins "anti babyboomers" où la génération 68 est généreusement fustigée. Mais ce n'est qu'un aspect du problème. Ce qui tue la société française, c'est son manque d'ouverture, sa frilosité. On ne fait pas confiance, sauf quand la personne a des "références" soit le bon bout de papier donné par la bonne grande école, soit la recommandation par une personne insérée dans le réseau, soit le fait de pouvoir donner les signes d'appartenance au réseau (même si cela ne correspond pas à la réalité). Comment croyez vous que le guignol qui s'est fait passer pour le président de facebook ait pu pénétrer aussi facilement sur les plateaux de TV. A 28 ans, déjà directeur de collection, il a écrit un bouquin qu'il a réussi à publier (facile me direz vous quand on bosse dans l'édition). Vous croyez qu'un autre n'ayant pas les entrées et les signes de reconnaissance aurait pu aller aussi loin ? Il n'aurait même pas commencé !

J'ai l'impression que ce rapport Attali va être une bombe, pas tant dans les propositions (le champ des possibles n'est pas infini) mais dans le constat et le miroir qu'il tendra à notre pays. Ce sera cruel, parce que méchant, sans concessions, et ... juste !