L'Assemblée nationale a discuté hier matin une proposition de loi du groupe Nouveau Centre, visant à inscrire dans la constitution l'obligation de présenter des budgets en équilibre, et forcer ainsi les gouvernements à respecter une stricte orthodoxie financière. Cela a donné lieu à des débats très intéressants, car en plus de la manoeuvre politicienne que représente cette proposition, on a pu débattre de l'équilibre budgétaire, de la nécessité de ne pas s'enfermer dans des règles trop strictes, bref, des débats de fond qui transcendent les partis. Les échanges ont d'ailleurs été intéressants.

Mais la manoeuvre politicienne n'était pas absente de cette proposition. Le Nouveau Centre a encore à l'esprit sa débandade sur le financement des partis et a voulu "rattraper" la bourde, en faisant assaut de vertu. C'est Charles Amédée de Courson, le Monsieur Finances du Nouveau Centre qui a piloté l'opération. Il a même provisoirement quitté sa chère commission des Finances, pour intégrer celle des Lois, afin d'être rapporteur de ce texte. Il ne tardera sans doute pas à réintégrer ses pénates. Cela a permis en tout cas d'avoir un texte et une discussion cadrés (pas comme la dernière fois).

La première subtitlité a été de prendre appui sur les promesses de Nicolas Sarkozy, qui s'est engagé à un retour à l'équilibre des finances publiques en 2012. Le Nouveau Centre se propose donc de "l'aider", avec cette inscription dans la constitution de la fameuse "règle d'or de l'équilibre budgétaire". Un beau cadeau empoisonné, car si les UMP n'en veulent pas (c'est se tirer une balle dans le pied) ils ne peuvent pas le dire ouvertement, et cela a obligé Eric Woerth à quelques contorsions. Les députés UMP se sont même sentis obligés de surenchérir, par la voix de Frédéric Lefebvre, qui affirme avoir lui aussi songé à cette mesure et qui a donc dépose en conséquence un amendement. Pour les députés Nouveau Centre, voir ainsi l'UMP contrainte de faire la danse du ventre est un petit plaisir qui ne se refuse pas !

Deuxième subtilité, ce texte est l'occasion de prendre ses distances avec les prévisions bien optimistes du gouvernement, histoire de pouvoir dire après : on vous avaient prévenus, cela était irréalistes, vous auriez mieux fait de nous écouter. Le tout en restant officiellement des "alliés loyaux". Dans leurs propos, les députés Nouveau Centre font une petite revue des "turpitudes" financières (l'art de planquer la dette) et mettent le doigt sur le déficit et le poids de la dette, citant abondamment les chiffres il est vrai peu flatteurs pour l'UMP. L'air de ne pas y toucher, les députés Nouveau centre se sont quand même bien amusés à mettre du sel sur la plaie, Charles de Courson s'occupant du budget de l'Etat et Jean-Luc Préel de celui de la Sécurité Sociale.

L'UMP ne pouvait pas voter ce texte, il n'avait d'ailleurs pas été déposé pour cela, sans pour autant pouvoir le rejeter brutalement. Une voie médiane a été choisie, celle de l'enlisement. Parmi les motions de procédures, en existe une qui s'appelle "motion de renvoi en commission". Nom explicite, qui indique que le texte doit être retravaillé. C'est le sort qui est arrivé à cette proposition du Nouveau Centre. La motion de renvoi en commission déposée par l'UMP a été adoptée et on peut parier que cette proposition de loi va se perdre dans le tri entre l'hémicycle et la commission...