Xavier Darcos vent lancer un audit sur les manuels scolaires en économie. Pour faire court, ils sont accusés d'être trop "marxisants", et de dénigrer un peu trop l'entreprise. En fait derrière cela, il y a une attaque en règle contre les enseignants en économie (dans le secondaire) et plus globalement, contre une "culture enseignante" un peu trop de gauche. Je ne vais pas dire que cela ne me fait pas plaisir, les lecteurs habitués de ce lieu n'en croiraient pas un mot. Taper sur le gauchiste est un plaisir qui ne se boude pas. Mais quand même, cette action du ministre me gène un peu.

Oui, c'est vrai, nombre d'enseignants sont de gauche, même si c'est un peu moins vrai maintenant qu'il y a 20 ans. L'image du prof communiste avec le collier de barbe est un peu ancienne, mais les caricatures restent souvent longtemps dans les esprits, même après la disparition du modèle. Le problème, à mon avis, est surtout que trop d'enseignants sont militants à gauche. Quand je lis que le quart des adhérents de la LCR sont enseignants, cela ne me donne pas envie de leur confier l'éducation de mes enfants. Je ne parle même pas des myriades d'enseignants qui peuplent le Parti socialiste. Il n'y a qu'à regarder la case profession des députés socialistes. Je ne dénie pas aux enseignants leur liberté de pensée ni leur droit de participer activement à la vie politique de leur pays. Mais quand on est militant et engagé dans un parti aussi "extrême" que la LCR ou le PCF (enfin le PCF d'autrefois, du temps de Marchais), c'est très difficule voire impossible d'être "neutre" dans sa vie professionnelle, car on ne peut laisser sa personnalité au vestiaire et la reprendre le soir. Je suis persuadé que nombre d'enseignants tentent pourtant cet effort et ont une conscience professionnelle qui les poussent vers cet essai de "non militance" pendant leurs cours. Leur jeter la pierre et leur faire un procès en suspicion par la bande, comme le fait Xavier Darcos, a quelque chose d'injuste et d'immérité. La question de la politisation des enseignants doit pourtant être posée, car un enseignement public considéré comme "trop à gauche" est une des causes (pas la seule) du succès de l'enseignement privé !

Pourquoi tant d'enseignements de gauche et d'extrême-gauche ? Est-ce la fonction d'enseignant qui amène à être de gauche ? Est-ce le fait d'être de gauche qui amène plus facilement vers l'enseignement ? Personnellement, j'aurais tendance à pencher vers la deuxième alternative, pour deux raisons. L'enseignement est une profession intellectuelle, au sens où c'est d'abord le travail de l'esprit et que spontanement, les gens de gauche peuvent s'y sentir plus à l'aise. Mais surtout, l'enseignement public a l'immense qualité, en France, d'être public ! Statut fonctionnaire, grande liberté d'organiser son temps, pas ou peu de hiérarchie, activité "non marchande" (enfin c'est ce que beaucoup croient). Par idéologie plus ou moins consciente, nombre de gens de gauche refusent absolument d'intégrer le secteur marchand, de travailler en entreprise. D'où ces bataillons de fonctionnaires de gauche, pour qui la fonction publique, dont l'enseignement, est un ersatz de monde socialiste. Si vous ajoutez à cela la spécificité du spectre politique français, dont le point médian est beaucoup plus à gauche que dans les autres pays développés, vous obtenez ce résultat d'une fonction publique très imprégnée de "culture socialiste".

Comment régler ce problème ? A mon avis, il est nécessaire de réduire la taille du nid, en réduisant le champ de la "fonction publique". Pour les enseignants, la solution est toute trouvée : Chaque établissement est autonome, sous l'autorité du chef d'établissement qui gère son budget et recrute les enseignants sous contrat de droit privé. Les enseignants n'exerçant pas de fonction régalienne, je ne vois pas la nécessité de leur accorder le bénéfice du statut de la fonction publique. Les programmes et les examens resteraient sous la tutelle directe d'un ministère de l'Education nationale considérablement dégraissé, puisqu'il n'aurait plus à gérer les mutations et les carrières des enseignants. On maintiendrait les concours, mais les lauréats seraient alors inscrits sur liste d'aptitude, sur le modèle de la fonction publique territoriale. Et dans la foulée, on pourrait appliquer le même principe aux hôpitaux...

Là, on pourrait vraiment parler de rupture.