Selon François Fillon, l'Etat français est en faillite. Ou du moins au bord, un Etat ne pouvant pas faire banqueroute (sinon, cela aurait fait depuis longtemps). Au delà de l'analyse de la formule, que je laisse aux juristes pinailleurs c'est sur le fond que se situe l'incohérence apparente de ce message, qui tient avant tout de la communication politique.

Dire que les finances publiques françaises vont mal, c'est un lieu commun de la communication politique française. Sur le papier, c'est vrai que le chiffre est impressionnant (et encore), surtout quand on y rajoute les sommes que l'on a tenté de planquer ailleurs, ainsi que les "engagements futurs", c'est à dire les sommes non immédiatement exigibles, mais déjà certaines (les retraites des fonctionnaires encore en activité). Les modes de calcul de la dette sont tellement byzantins, avec un tel raffinement comptable, que l'on s'y perd. Pourtant, je persiste à penser que la situation n'est pas si dramatique. La France est un pays prospère, qui a de l'avenir et donc largement la possibilité d'honorer ses dettes. Les prêteurs internationaux ne s'y trompent pas et continuent à se ruer sur les emprunts d'Etat français. C'est vrai qu'au regard d'autres emprunteurs, l'Etat français est une valeur sûre.

Ce qui est gênant dans cette tirade du premier ministre c'est qu'après avoir fait voter un paquet fiscal très généreux (et qui l'aurait été encore bien plus sans l'intervention du Conseil Constitutionnel), on vienne pleurer sur la cessation de paiement. C'est seulement maintenant, à la mi septembre, qu'il s'en aperçoit. Il serait temps. Je crois plutôt que ce cri déchirant, cette soudaine obligation de tailler dans le vif (parce qu'une sortie comme ça, c'est de la préparation psychologique) tient au fait que les ministres des finances européens ont d'ailleurs rappelé à la France, le 14 septembre dernier, qu'elle était au-dessus des critères de Maastricht et que les récentes mesures votées par le Parlement n'allaient pas franchement dans le sens d'un assainissement. Cela a été dit gentillement, mais fermement. Le gouvernement ne pouvait pas ne pas envoyer un accusé de réception. D'où cette tirade assez incohérente si l'on s'en tient uniquement à la politique intérieure. Cela illustre bien la répartition des rôles : Sarkozy en père Noël, Fillon en père fouettard.