Lors de sa campagne, Nicolas Sarkozy a promis un gouvernement reserré, avec seulement 15 ministres. Au final, nous nous sommes retrouvés, dans le gouvernement Fillon 2 avec effectivement 15 ministres, mais flanqués de 16 secrétaires d'Etat. Et voilà maintenant qu'on veut nous en rajouter deux !

Alors qu'on nous présentait cette mesure comme une révolution, on s'aperçoit que Nicolas Sarkozy ne fait pas mieux que ses prédécesseurs. Juppé, entre 1995 et 1997 avait 16 ministres et 16 sous-ministres. Jospin a été plus généreux avec 18 ministres et 24 sous ministres (gauche plurielle oblige). Raffarin a commencé avec 15 ministres et 13 sous-ministres, puis a ouvert les vannes pour passer à 23 puis à 27 sous-ministres. Dominique de Villepin, enfin, avait 15 ministres et 15 sous-ministres. Où est donc la révolution sarkozyste dans ce domaine ? D'autant plus que, comme dans les précédents gouvernements, on trouve à coté des vrais ministères, des gadgets de pur communication, soit dans l'intitulé du poste, soit dans le choix du titulaire. C'est d'ailleurs Nicolas Sarkozy qui a poussé le plus loin cette utilisation des portefeuilles ministériels comme supports de communication.

Un haut commissaire aux "solidarités actives contre la pauvreté", un porte-parole du gouvernement qui ne fait que cela, une secrétaire d'Etat aux droits de l'homme. C'est vrai qu'en matière de découpage "innovant", on avait déjà eu avec Jacques Chirac un secrétaire d'Etat "aux programmes immobiliers de la Justice", ainsi qu'un très démagogique "secrétariat d'Etat aux droits des victimes". Au-delà de la dénomination qui peut être un moyen facile et pas cher de mettre l'accent sur un problème, le plus critiquable est l'absence de contenu et de missions pour ses sous-ministres gadgets, qui en sont réduits à essayer de s'inventer un rôle. Un coup c'est Rama Yade qui va voir les squatters, une autre fois c'est Laurent Wauquiez, porte-parole du gouvernement, qui veut se balader en province pour vendre des tupperwarres, n'ayant pas grand chose à porter puisque Nicolas Sarkozy a le monopole de la parole (et son propre porte-parole en la personne de David Martinon). Dans le casting aussi, Nicolas Sarkozy a fait fort, un sélectionneur d'équipe sportive nationale même pas nommé mais déjà exploité dans le plan média. Et comme il a perdu un peu de son lustre, on s'en trouve une plus fraiche. A la justice, on prend une jeune femme a priori bien sous tout rapport, avec tout ce qu'il faut, sauf la carrure politique pour tenir un poste politiquement sensible. C'est là le plus problématique, quand on oublie que le ministre, c'est aussi un chef de services administratifs, qui a une boutique à gérer. Un choix basé uniquement sur l'apparence, pour faire joli devant les médias peut conduire à des catastrophes.

A ce jeu là, le pompon revient à l'équipe installée rue Duquesne, au ministère de la Santé, de la Jeunesse et des Sports. Je n'ai toujours pas compris la logique qui a présidé au regroupement de la Santé d'un coté, et de Jeunesse et Sports de l'autre. Ensuite, le choix des personnalités est catastrophique. S'il y a bien une équipe mal ficelée, c'est bien celle-là, avec un "guignol" et une "belle plante" pour s'occuper de secteurs secondaires, pendant qu'on laisse Roselyne Bachelot, une spécialiste de la canicule qui a fait ses preuves à l'environnement entre 2002 et 2004, s'occuper seule d'un domaine aussi sensible que la Santé. S'il y avait eu qu'un secrétaire d'Etat à nommer à ses cotés, c'est à la Santé qu'il aurait fallu le mettre, à la limite on pouvait se permettre de sacrifier Jeunesse et Sport en laissant Roselyne y batifoler. Mais la Santé, c'est sérieux !

Certes, formellement, la promesse est tenue, mais au prix de non-dits, à la limite de la tromperie. Espérons que toutes les promesses ne seront pas remplies de la même manière.