Nicolas Sarkozy veut aller vite dans les négociations sociales qu'il a lancé depuis la fin de l'été. Trop vite pour l'éditorialiste de Libé. Effectivement, les délais qu'il donne sont courts, mais en même temps, ce sont des sujets qui sont sur le tapis depuis longtemps, qui ont été étudiés, fait l'objet de rapports, d'analyses. Quand François Fillon déclare que la réforme des régimes spéciaux est prête, il indique simplement qu'il a tous les éléments techniques en main, et qu'il n'attend plus que la décision politique. Les syndicats sont dans la même situation, et aucun d'ailleurs, ne soulève l'argument du "manque de préparation" du dossier, ou ne parle de la nécessité d'approfondir la réflexion. Il est temps maintenant de se mettre autour de la table et de trancher. Chacun sait ce qu'attend l'autre, ce qu'il est prêt à lâcher et jusqu'où chacun peut aller. Ensuite, c'est une question de rapport de force. En 15 jours, on peut largement conclure, pour peu qu'on en ait l'envie.

Et c'est là que le bât blesse, parce que les syndicats ont longtemps été habitués à ne pas trancher, à ne pas se mouiller. Il suffisait soit d'enliser les discussions pour que rien ne se passe, ou d'attendre que le gouvernement, constatant la carence, ne prenne seul des mesures que les syndicats (de salariés comme d'employeurs) n'avaient aucune envie d'endosser. C'est facile de ne rien signer, d'être toujours contre. Sauf que maintenant, on est (financièrement) au pied du mur et qu'un refus des syndicats de prendre leurs responsabilités serait un formidable levier pour Nicolas Sarkozy, qui aurait ainsi la légitimé de décider seul. Les syndicats sont pris au piège. Soit ils laissent le champ libre à Nicolas Sarkozy pour réformer de fond en comble le "modèle social" français, avec dès la moindre protestation un cinglant "je vous ai proposé de codécider, vous avez refusé", soit ils entrent dans une logique de syndicalisme réformiste, celui qui accepte des compromis pour faire avancer les choses et qui assume sa responsabilité de codécideur. Cela ne sera pas bien difficile pour la CFDT qui est déjà sur ce terrain. Ce sera une autre paire de manches pour FO, et encore plus pour la CGT.

Les syndicats français sont donc sous pression, car depuis le 30 août, la masse des dossiers ouverts est impressionnante, avec une première vague devant le MEDEF puis hier au Sénat. Ils ne peuvent pas se permettre d'être absents et de laisser passer. Reste la solution du conflit, pas sûr que cela soit à leur avantage, le gouvernement ayant pris ses précautions en faisant passer dès cet été la loi sur le service minimum dans les transports publics...