Les derniers développements des travaux de la commission Balladur sur la révision constitutionnelle m'inquiètent. Le choix du régime présidentiel semble écarté, alors même qu'il est la seule voie possible pour satisfaire la volonté de Nicolas Sarkozy d'être un "président qui gouverne". Les éminents juristes de cette commission semblent se lancer dans un concours d'inventivité pour concilier des choses difficilement conciliables. Il faut à la fois rester dans un régime parlementaire, avec un système de responsabilité politique, sans que ce soit celui qui détient officiellement le pouvoir qui soit politiquement responsable. Il ne me semble avoir rien entendu concernant une éventuelle censure du président, comme il existe une censure du gouvernement par l'Assemblée nationale.

Tout cela me parait engagé sur une pente glissante. On révise trop régulièrement la constitution, comme un vulgaire texte de loi ordinaire. Un peu de stabilité ne ferait pas de mal et il n'est pas souhaitable d'y revenir tous les deux ans, voire tous les six mois comme pour les lois sur la sécurité, le droit d'asile et le traitement de la récidive. On ne va pas non plus toucher à ce texte pour satisfaire les envies d'un président, qui tend à prendre cette commission pour le room-service d'un grand palace, avec derrière des parlementaires priés d'entériner sans broncher. La dernière révision de Chirac a été sur ce point le pire exemple, avec une absence de justification et un vote un peu étriqué, nombre de parlementaires n'étant pas franchement convaincus. Il y a des textes qui doivent être à l'abri des caprices et des foucades. C'est à la constitution que l'on touche, ce n'est pas n'importe quoi et je pense que l'on a un peu trop galvaudé un texte qui devrait être placé au rang des "textes sacrés" de la République. Ce serait d'autant plus dommage que le texte de base, en 1958, était bon,. C'est la pratique qui l'a fait dériver.

Ma crainte est qu'au lieu d'une grande réforme d'ampleur, d'un rééquilibrage d'ensemble, on se retrouve avec une ènième "modification technique", sans lisibilité politique, qui fera ressembler encore plus la constitution à un moteur gonflé et trafiqué. Il y a eu trop de petites retouches, qui prisent individuellement, étaient inoffensives, mais qui mises bout à bout, on progressivement dénaturé notre loi fondamentale. J'ai bien peur que cette réformette qui s'annonce ne soit le traficotage de trop et ne mette définitivement le bazar dans le fonctionnement de l'Etat !