Les propositions de Guy Carcassonne sur les sanctions financières pour les députés absentéistes font beaucoup de bruit. C'est vrai que la conjonction d'une actualité atone pour cause de trêve estivale et d'une proposition assez démagogique permettent d'avoir un peu d'écho. J'ai déjà abordé cette question du job de député à plusieurs reprises. Que l'on sanctionne un élu qui a mal fait son travail, je suis d'accord, mais pour moi, la sanction doit être politique, c'est-à-dire donnée par les électeurs, car c'est eux qui jugent si leur député fait bien son travail ou pas. Deux exemples très différents pour illustrer cela.

En Seine-et-Marne, Didier Julia est élu depuis 1967. On ne peut pas dire qu'il brille par son activité parlementaire, et quand il fait parler de lui dans les médias, c'est pour l'opération "pieds nickelés en Irak". Il s'est complètement ridiculisé et arrivé à 73 ans, on pouvait penser que le fruit était mûr. C'est le calcul fait par le jeune maire UMP de Fontainebleau, qui s'est lancé (avec le soutien de Jean-François Copé) en candidat dissident. Il s'est cassé les dents, les électeurs ayant largement reconduit Didier Julia avec 57,77% des voix au deuxième tour. Il est vrai que s'il ne participe que de très loin aux travaux législatifs, Didier Julia laboure son territoire, jouant le rôle d'une super-assistante sociale. Cela a sembler satisfaire ses électeurs, qui ont considéré qu'il faisait bien son boulot.

En Haute Savoie, Bernard Bosson, ancien ministre et maire d'Annecy, est l'exemple même du député fantôme, qui vient à Paris une fois l'an, et seulement quand sa ville est directement concernée. Son bilan législatif est donc quasiment aussi maigre que celui de Didier Julia. Là encore, on pouvait se dire que le fruit était mûr, d'autant plus que Bernard Bosson a laissé sa mairie à son premier adjoint en janvier 2007, juste avant les législatives. Il s'est retrouvé avec un candidat divers droite, complètement inconnu, mais soutenu en sous-main par l'UMP locale (Bernard Accoyer en tête). Celui-ci fait une campagne sur le thème "votre député n'a rien foutu pendant cinq ans". Au final, Bernard Bosson se fait exploser, avec seulement 45% au deuxième tour.

J'ai pris ces deux exemples dans des fiefs de droite, où la gauche n'était en mesure de se maintenir au second tour. Cela facilite les duels à droite entre un vieux cacique et un jeune loup. Ailleurs, la perspective de voir le siège basculer dans l'autre camp freine les ardeurs. Cela n'empêche pas les électeurs de sanctionner, en "oubliant" de se déplacer pour réélire le sortant. A chaque fois, on a des battus-surprises, ou des députés, pourtant assis sur des sièges en or, réélus de justesse. Le doyen de l'Assemblée, Loïc Bouvard, élu depuis 1973 dans une circonscription très à droite, n'a retrouvé son fauteuil en juin 2007 qu'avec 50,3% des voix au second tour, bien loin du potentiel de sa circonscription.