Les créateurs du site Rue 89 viennent de Libération, et cela se voit. Les mêmes travers, le même biais partisan pour arriver au même maljournalisme !

Un exemple, cet article sur la protestation des syndicats d'inspecteurs du travail, qui contestent devant le Conseil d'Etat (qui les déboutera à coup sûr) le décret d'attribution qui fixe le périmètre des pouvoirs de Brice Hortefeux.

Pour ce qui concerne les inspecteurs du Travail, le décret stipule que Brice Hortefeux est chargé "en liaison avec le ministre de l'intérieur, de l'outre-mer et des collectivités territoriales et le ministre du travail, des relations sociales et de la solidarité, de la lutte contre le travail illégal des étrangers". L'article 4 précise qu'il dispose pour cette mission de la direction générale du Travail. Dans Rue89, cela donne : "En clair, avec ce nouveau décret, la police pourra entrer dans n’importe quelle entreprise, à n’importe quel moment, pour y effectuer des contrôles. Ce qui n’était pas le cas avant, l’autorisation d’un juge étant un préablable à tout contrôle effectué par les services de police. Les inspecteurs du travail ont, eux, ce droit de contrôle permanent sur les entreprises". J'appelle cela de la désinformation à l'état pur, de la propagande gauchiste !

Déjà, le titre est une faute déontologique : "Brice Hortefeux ignore le code du Travail". Le décret d'attribution, qui fixe le périmètre des fonctions de Monsieur Hortefeux a été pris par le président de la République et par le premier ministre. Les autres ministres n'y sont mentionnés que comme chargés de son application. Comme si Brice Hortefeux avait pu rédiger de sa propre autorité le décret fixant ses attributions ! Je préfère vous dire que si cela avait été le cas, il aurait une autre gueule ce décret, parce que finalement, Brice Hortefeux a été obligé d'en rabattre sérieusement sur ses prétentions. Les services placés directement et exclusivement sous son autorité sont énumérés dans l'article 2 du décret : le secrétaire général du comité interministériel de contrôle de l'immigration, sur l'ambassadeur du codéveloppement. Ca fait deux personnes (un peu plus en comptant les secrétaires).

L'article 3 fixe les services qui sont sous son autorité, mais conjointement avec un autre ministre. C'est déjà un cran en dessous, car s'il peut donner des instructions, il n'a pas forcement d'emprise sur ces directions solidement arrimées à leur ministère de tutelle. Il partage avec l'Intérieur la direction des libertés publiques et des affaires juridiques et éventuellement la Police, mais le décret précise "en tant que de besoin". C'est vraiment une délégation d'autorité à minima sur la police, dont il a le droit de solliciter les services, mais pas beaucoup plus. Avec le ministère des affaires étrangères, il peut intervenir auprès de la direction des français de l'étranger et des étrangers en France. Cela va se traduire par une mainmise sur certains services (les visas, l'Etat-civil des naturalisés principalement), qui restent sous statut "Affaires Etrangères", mais dont les effectifs seront budgétairement rattachés au ministère Hortefeux. Vu que tous ces personnels ont un lien très fort et ancien avec le quai d'Orsay, que les diplomates n'ont pas lâché grand chose, l'autorité de Brice Hortefeux sur ces fonctionnaires sera assez précaire et soumise au bon vouloir des caciques qui tiennent le quai d'Orsay et qui savent très bien plmober les ministres qui leur déplaisent (Douste Blazy par exemple). Enfin, il a autorité conjointe sur la direction de la population et des migrations au ministère du Travail, des relations sociales et de la solidarité. Tout dépendra des rapports de force politique entre Brice Hortefeux et ses différents collègues, tous poids lourds du gouvernement. Rien n'est gagné.

C'est seulement à l'article 4 que l'on trouve l'inspection du travail, au même rang que la direction de la mémoire, la direction générale de l'Urbanisme, la délégation générale à la langue française ou la gendarmerie nationale. Sur toutes ces administrations, il est dit que Brice Hortefeux "dispose". On est encore un cran en dessous, et en langage administratif, "dispose" veut dire "peut faire appel". Sur les questions d'inspection du travail, rien ne va changer pour le quotidien des inspecteur du travail, sur lesquels Brice Hortefeux n'a pas autorité. Quand le journaliste de Rue89 écrit "Aujourd'hui, un tel décret, s'il venait à être maintenu par le Conseil d'Etat, systématiserait ces contrôles et placerait l'inspection du travail sous l'autorité de Brice Hortefeux", c'est du mensonge et de la manipulation. C'est dans les bureaux du ministère, à Paris que les choses vont changer (un peu). Brice Hortefeux va chercher à obtenir de son collègue Xavier Bertrand qu'une priorité soit mise sur la recherche des ateliers clandestins et que que si un inspecteur du travail tombe sur un travailleur clandestin sans papiers, et surtout sur son employeur, il ne le laisse pas filer. On va sans doute avoir une belle circulaire ministérielle allant dans ce sens, cosignée par Xavier Bertrand et Brice Hortefeux. Et les inspecteurs du travail en feront ce qu'ils veulent et elle sera plus ou moins bien appliquée selon que Xavier Bertrand et l'administration centrale en feront ou non une priorité. Vous pouvez faire confiance aux corps de fonctionnaires pour enterrer une réforme qui ne leur plait pas.

Nous avons avec cet article de Rue89 un magnifique tract d'extrême-gauche, où se trouve décliné le très classique thème de l'Etat-policier, d'un gouvernement de droite à coté duquel les militaires des juntes sud-américaines étaient des amateurs.