Le figaro vient de donner une publicité à un rapport qui aurait pu rester confidentiel sur le sujet en apparence abscons et technique du travail interministériel. Ce rapport donne un bon coup de pied dans la fourmilière et j'espère que Nicolas Sarkozy saura en faire bon usage. Le fonctionnement de la haute administration française est en effet à réformer d'urgence.

La question de l'interministériel permet de mettre en lumières les points délicats. Il y a tout d'abord la perte de contrôle des politiques, qui sont noyés sous la masse et ne peuvent plus tout voir, tout gérer. Ils se sont fait complètement imposer un système de fonctionnement ubuesque, où finalement, ce sont les conseillers qui décident. Le cabinet ministériel, voilà l'ennemi. Devenus obèses, ils font complètement écran, isolant les ministres de leurs administrations et bien souvent, décident à leur place. Quand le ministre est un poids lourd politique, il arrive encore à se faire entendre et à s'imposer, mais quand c'est un novice, il se fait complètement bouffer. La démission du directeur de cabinet de Rachida Dati est à replacer dans ce contexte. Tout aussi inquiétant, le rapport affirme assez clairement que l'interministériel est devenu un vaste bazar, pour ne pas dire un grand n'importe quoi, avec des réunions convoquées la veille pour le lendemain, sur des dossiers pas encore mûrs, avec des intervenants sans pouvoir décisionnaire. Le rapport dénonce aussi l'absence de "solidarité", chacun plaidant pour sa chapelle sans se préoccuper de dégager une solution. L'éloignement des politiques rend plus prégnant et plus lourd de conséquence ce travers administratif habituel. Les échos que j'ai des RI (Réunions interministérielles) va dans ce sens : un vaste marchandage, où des ministères antagonistes s'affrontent, où certains cèdent sur un point en échange de concessions sur un autre, sans vision d'ensemble.

La solution proposée est de réduire le nombre de conseillers et de se réunir moins souvent tout en préparant mieux les réunions. Cela va dans le bon sens, mais ce n'est pas assez. Ce rapport ne prend pas en compte la composition des cabinets, où les conseillers en question sont très souvent énarques ou polytechniciens. La source du mal, c'est la colonisation, par les administratifs, d'instances politiques où ils n'ont pas leur place. Les cabinets ministériels ont été détournés de leur rôle initial et les politiques se sont retrouvés enfermés dans un cocon de soie, comme ceux que les araignées tissent autour de leurs proies. Mais cet aspect là, la commission ne s'est pas risquée à l'aborder, car elle était composée de la fine fleur de l'énarchie (conseillers d'Etat, inspecteur des finances). Mais que des membres influents de la haute administration aient pris conscience du problème, c'est déjà beaucoup.