Le Parlement discute en ce moment le projet de loi visant à créer un service minimum dans les transports publics. Les syndicats (et surtout ceux de la fonction publique) sont résolument opposés. Et on les comprend car c'est un véritable défi que leur lance le gouvernement.

Le but, à peine dissimulé, est de briser les capacités de nuisances des syndicats de la fonction publique. A de nombreuses reprises, les syndicats ont montré qu'ils étaient capables de paralyser le pays. Muni de cette arme de dissuasion massive, ils obtenaient souvent ce qu'ils voulaient d'un pouvoir politique qui reculait devant l'affrontement. De temps à autre, la CGT et consorts faisaient une piqure de rappel. Jacques Chirac a ainsi été vacciné très tôt, d'où son immobilisme. Surtout pas de manif, pas de grève dans les transports. En 2003, les syndicats ont à nouveau lancé un grand mouvement, qui a paralysé le pays, à l'occasion de la réforme des retraites. Si le texte est quand même passé, la piqure a fait son effet et plusieurs projets ont ainsi été abandonnés dès le moindre froncement de sourcils des syndicats. François Fillon est bien placé pour s'en souvenir, avec sa réforme avorté en 2005 (qui lui a d'ailleurs coûté sa place).

Ce qui se joue aujourd'hui, ce n'est pas l'interdiction du droit de grève. Il n'en est pas question et cela ne serait pas acceptable ! Ce que souhaite le gouvernement, c'est limiter les nuisances en cas de grève, pour que le pays continue de tourner. Le premier point est bien entendu celui des transports. Dans cette optique, un service minimum dans l'éducation nationale est tout à fait logique. Il faut bien faire garder les enfants et des écoles fermées pendant plusieurs jours posent un véritable problème aux parents et finit par désorganiser le pays.

Je suis partagé sur ce projet gouvernemental. Je suis pour l'existence de corps intermédiaires forts. Le syndicats en font partie et toute tentative pour les affaiblir est mauvaise, car ils sont l'un des contre-pouvoirs les plus efficaces dans ce pays. Mais, quand je vois la manière dont se comporte les syndicats, ce qu'ils font du pouvoir qui est le leur, je comprend que l'on puisse chercher à limiter leur pouvoir. Les syndicats de salariés français ont bien trop souvent utilisé l'arme de la grève, souvent même la menace suffisait, pour défendre leurs intérêts matériels et corporatistes (leurs salaires, leurs retraites, le nombre de postes, leurs moyens budgétaires) en se couvrant pudiquement du manteau de "la défense du service public". Quand ils ne s'occupaient pas d'eux, ils se mettaient au service de l'opposition de gauche pour nuire à un gouvernement de droite. En bref, ils faisaient de la politique. Après un quart de siècle à ce régime, on peut comprendre que la droite, estimant que le dialogue est biaisé, décide de passer à l'épreuve de force et cherche à casser les syndicats de la fonction publique (parce que ce sont eux qui sont visés par ce projet) et à leur limer les griffes.

Une voie médiane existe pourtant, et j'espère qu'elle sera prise. Elle consiste à limer effectivement les griffes des syndicats, mais uniquement quand leur mouvement n'apparaît pas légitime. Quand les cheminots paralysent le pays pour défendre leur somptueux régime de retraite, ce n'est pas légitime. Dans ces cas là, il faut doter le gouvernement d'outils pour limiter l'impact du mouvement de grève. Mais il faut pour cela que la population ne se range pas du coté des grévistes, rendant ainsi l'usage des "outils anti-grève" politiquement dangereux. Cette loi aura un effet secondaire important, celui de favoriser (je l'espère), les syndicats réformistes au détriment des syndicats révolutionnaires, en clair aidera la CFDT contre la CGT. Cela pourrait être un levier dans la modernisation du dialogue social et du paysage syndical français et le faire évoluer vers un syndicalisme à l'allemande ou à la scandinave.