Nombre de militants sont tentés de prolonger et amplifier leur action politique sur la blogosphère. Parfois, ils se heurtent assez violemment aux politiques qu'ils vont chatouiller. Nous avons l'exemple bien connu de Christophe Grebert à Puteaux. Les Ceccaldi-Raynaud, qui règnent sur Puteaux n'ont pas franchement apprécié les critiques régulièrement lancées par ce militant PS sur leur gestion municipale. Rapidement, on en arrive aux procès, suite aux attaques ad hominem. Jusqu'ici, Christophe Grebert a toujours gagné.

Dans une autre ville, un autre blog politique d'opposition subit les foudres du député maire local. Il s'agit de la Piquouse de rappel, à Chartes. Régulièrement, ce blog se fait un plaisir d'aligner Jean-Pierre Gorges, avec un ton qui sent bon le militantisme. Et comme Gorges, qui manque singulièrement de diplomatie, répond assez vertement, cela ne fait que renforcer la querelle. Jusque là rien de bien méchant, ce sont les règles du jeu démocratique. Le conflit vient de prendre une tournure judiciaire par une assignation en justice. Jean-Pierre Gorges accuse deux blogs d'opposants d'avoir relayé le tract (qu'il estime diffamatoire) d'un directeur d'hypermarché, et de s'être ainsi rendus coupables de complicité de diffamation. Une plainte est déposée, avec assignation au tribunal pour le 26 juillet. Les auteurs des blogs attaqués tentent alors de lancer une grande campagne sur le net, hurlant à la tentative de censure politique, proposant des bannières, des comités de soutien, un peu à la Ingrid Bettancourt.

Un certain nombre de choses me dérangent dans cette affaire. Nulle part sur les deux blogs en question, je n'ai trouvé trace des motifs exacts du grief. Quels sont exactement les propos jugés diffamatoires par Jean-Pierre Gorges ? Les articles ont été enlevés sur les deux blogs (ce qui peut se comprendre vu le procès), mais ils auraient pu être remplacés par le copie de l'assignation et l'exposé des griefs. Peut-être qu'effectivement, les propos étaient bien diffamatoires et insultants, et qu'emportés par leur militantisme, les auteurs des blogs incriminés ne se sont pas rendus compte qu'ils dépassaient des limites. Quand on me demande de me mobiliser, j'aime bien savoir exactement pour quoi !

Le deuxième point qui me chagrine, c'est qu'on ressort encore l'éternel marronnier de la censure politique. "on veut nous faire taire" et autres hurlements de martyrs. Il faut arrêter un peu, l'Eure-et-Loir, ce n'est pas la Russie ou le Vénézuela. Jean-Pierre Gorges peut ne pas vous aimer, il n'a pas le pouvoir, comme député maire, de vous obliger à fermer votre blog. Vu le style du bonhomme, il l'aurait fait depuis bien longtemps s'il l'avait pu. Il y a certes une assignation en justice avec une demande de dommages et intérêts importants. Cela ne veut pas dire qu'il va obtenir gain de cause. A Puteaux, ce sont les Ceccaldi-Raynaud qui ont perdu (et payé). J'ai confiance dans la justice française pour traiter ce genre de litiges et faire la part des choses de l'échauffement politique, de la réelle volonté de nuire et de ce que l'on appelle, en contentieux électoral "la polémique légitime en période électorale".