L'action de Nicolas Sarkozy vis-à-vis de la gauche me fait irrésistiblement penser à l'album d'Astérix "la Zizanie". Après les débauchages de Kouchner, Jouyet et Bockel, l'accueil de Besson, voilà qu'il confie des missions à Hubert Védrine et à Jack Lang. Ce qui est surprenant, c'est que tous ces personnages acceptent, et même ceux qui refusent ne peuvent pas s'empêcher de faire savoir qu'ils ont été contactés. Tous bien entendu se sentent flattés d'être ainsi "reconnus".

Comment prendre cela ? Est-ce une simple opération de désorganisation de l'adversaire ? Est-ce une réelle volonté de mobiliser toutes les compétences, par delà les clivages partisans ? Seul l'avenir nous le dira. Je suis personnellement très perplexe, car le programme de Nicolas Sarkozy comprend effectivement des idées venues de la gauche, voisinant avec d'autres qui sont de véritables chiffons rouges (Immigration et Identité nationale par exemple). Pour autant, la vie politique a des règles et l'idée du transpartisan, de la Troisième force par delà droite et gauche a toujours fait long feu. Une autre piste pourrait être une volonté de repositionner la droite sur un certain nombre de thèmes, de rebattre les cartes idéologiques. Je pense que d'ici quelques années, être de droite ne recouvrira pas tout à fait les mêmes choses qu'actuellement.

Pour l'instant, cette attitude semble accélérer la dislocation du PS. Ce qui soude ce parti, ce n'est pas l'idéologie mais la soupière. Le PS est devenu au fil du temps un cartel d'élus, qui se rassemblent pour pouvoir être réélus, car tous savent que seule l'union peut garantir la victoire, et que la désunion mène immanquablement à la défaite. D'où une solidarité sans faille au moment des campagnes et des scrutins (quitte à se déchiqueter après) et une quasi obligation de rester au sein du parti pour continuer à exister politiquement. Depuis l'élection présidentielle, on entend des craquements répétés dans l'armature même du PS, avec un Bockel qui n'hésite pas à franchir la barrière, déjà fracassée par Besson. Maintenant, c'est Jack Lang, un éléphant, qui n'hésite pas à se mettre en congé du groupe parlementaire. Demain, ce sera au tour de qui de franchir le pas et d'annoncer son départ du PS pour aller vers d'autres cieux ? Plus rien ne retient certains au sein d'un PS où ils ne se sont jamais reconnus idéologiquement et qui ne leur apporte plus ce qu'ils étaient venus y chercher, à savoir la participation à l'exercice du pouvoir. C'est peut-être une explication du départ d'Eric Besson. Il se sentait de gauche, il voulait faire une carrière politique, il est allé naturellement au PS, parce qu'il n'y avait que cela. Combien comme lui ?

Il est évident que le PS ne peut plus faire l'impasse sur la doctrine et les valeurs défendues. C'est le seul moyen de retrouver une cohésion que la promesse de mandats et de postes de pouvoir ne suffit plus à assurer. Car l'exercice du pouvoir, c'est chez Sarkozy que cela se passe, et semble-t-il pour un certain temps encore.