Les nominations qui viennent d'être annoncées à la tête de l'UMP sont une nouvelle preuve éclatante de la diabolique habileté de Nicolas Sarkozy.

Le charismatique Jean-Pierre Raffarin, ancien premier ministre, se retrouve à "mener la réflexion". Autant on voit bien le rôle de Devedjian (le concierge avec logement de fonction), autant on se demande à quoi va servir Raffarin. Surtout, on ne peut être qu'apitoyé devant cet ancien premier ministre, réduit à se battre pour essayer de garder un strapontin dans une direction collégiale. Pas franchement digne d'un ancien premier ministre. C'est vrai qu'à part son mandat de sénateur et un vague espoir (à mon avis illusoire) de présidence de cette noble assemblée, il n'a pas grand chose pour exister. Pas de grand exécutif local, pas de sinécure prestigieuse, aucun destin européen ou international.

Patrick Devedjian est le fidèle mal récompensé, qui reste à la porte du gouvernement et à qui on offre le (beau) lot de consolation de la présidence du conseil général des Hauts-de-Seine. Cette place est une excellente base arrière pour une ambition nationale, encore faut-il qu'il y ait des perspectives nationales. Le poste de secrétaire général de l'UMP est sa seule planche de salut pour continuer à exister médiatiquement, à condition de ne pas dire de conneries. On risque d'en entendre encore des belles, car n'oublions pas qu'il a fait carrière dans les Hauts de Seine, département de "cow-boys politiques", sous le parrainage de Charles Pasqua qui n'était pas réputé pour embaucher des tendres et des raffinés.

Le nouveau secrétaire général adjoint, Dominique Paillé, est un illustre inconnu, du moins pour le grand public. Dans le milieu, il est connu pour ses gaffes et son incapacité à garder un secret. Sa défaite aux législatives le laissant avec un simple mandat de conseiller municipal au fin fond des Deux-Sèvres, il faut bien le recaser. Le poste de permanent de parti politique est fait pour cela.

Le plus comique est le maintien de Nadine Morano comme porte-parole, place où elle a tellement fait ses preuves qu'il a fallu la mettre au placard de toute urgence dès le début de la campagne présidentielle. Plus besoin de la présenter, elle est connue et définitivement grillée. Elle est d'ailleurs restée les mains vides après la victoire de Sarkozy. Pas de portefeuille ministériel ni même de poste honorifique à l'Assemblée nationale. Le cas d'Yves Jégo est un peu similaire, même s'il n'atteint pas les profondeurs dans lesquelles est descendue Nadine. Lui aussi est un fidèle de la première heure, qui s'est donné, a soutenu Sarkozy quand il y avait des coups à prendre, qui en 2005 aurait pu devenir ministre. Et puis rien, lui aussi a été totalement occulté, totalement écarté de la distribution.

Nicolas Sarkozy semblait souhaiter qu'aucun rival ne puisse émerger de l'UMP, que le parti ne lui cause pas d'inquiétudes. A part les gaffes que ne manqueront pas de faire toutes les "stars" qu'il installe rue de la Boétie, il devrait être tranquille de ce coté là. Arriver à plomber ainsi un parti, suffisamment pour le rendre inefficace, mais pas assez pour le couler sérieusement, c'est du grand art.