C'est finalement Didier Migaud qui devrait récupérer la présidence de la commission des Finances de l'Assemblée nationale. C'est sans doute la décision la plus sage que pouvaient prendre les socialistes, tant le candidat était idéal. Techniquement compétent, il a su faire preuve d'absence d'esprit partisan en mettant sur pied la LOLF (Loi organique sur les lois de Finances) en partenariat avec Alain Lambert, sénateur UMP de l'Orne et en assurant tout le travail de suivi de la mise en place.

C'est un signe très encourageant pour la réussite de l'expérience parlementaire qui consiste à mettre un opposant à la tête de la commission des finances de l'Assemblée nationale (celle du Sénat est tenue par Jean Arthuis, centriste rallié au Modem, un quasi opposant donc). Les députés UMP étaient plus que réticents à cette innovation, craignant que cette place ne devienne une tribune politique et que son titulaire en profite pour paralyser l'action de la majorité. Avec un député plus "politique" comme Jean-Marie Le Guen, on pouvait avoir des craintes. Pas avec Didier Migaud, réellement respecté à l'Assemblée. Il sera sous surveillance, notamment des vice-présidents UMP, avec qui il fonctionnera en tandem. On parle pour cette place de Michel Bouvard, député de la Savoie, déjà vice-président de la commission des Finances. On verra qui sera l'autre.

Pendant 5 ans, il va pouvoir mettre en place un système de fonctionnement, des coutumes, des règles non écrites, fixant les contours de sa fonction. Forcement, il ne se comportera pas comme le ferait un président issu de la majorité. Alors qu'actuellement, le président peut trancher seul, Didier Migaud devra consulter. La vérification de la recevabilité des amendements devrait changer de forme. Actuellement, le président délègue cette tâche très technique à un petit groupe de fonctionnaires de l'Assemblée, très pointus, sans forcement vérifier leur travail. Cela provoque parfois la visite de députés de la majorité, mécontents de voir un de leur amendements recalés au titre de l'article 40 de la constitution. Il y a parfois des explications franches qui ne seraient pas possibles entre un député de la majorité et un président de commission de l'opposition. Autre sujet sensible, le contrôle de l'ordre du jour de la commission, la décision de convoquer ou non. Très souvent, cette commission est convoquée de manière impromptue, pour examiner la recevabilité d'amendements, parfois même lors d'interruptions de séances. Cela permet d'aller vite et de passer des choses, discrètement lors d'une séance de nuit. Avec un président membre de l'opposition, terminé le catimini et c'est tant mieux ! En même temps, une obligation de comportement loyal pèsera sur ce président issu de l'opposition. Là encore, tout est à inventer tant cela est inédit dans les modes de fonctionnements du Parlement et dans la culture politique française.

Même si la méthode choisie par Sarkozy (le passage en force) me froisse un peu, j'approuve pleinement cette mesure et encore plus le choix de celui qui doit essuyer les plâtres. Je lui souhaite bonne chance et bonne réussite.