La période post-élection est un grand moment d'agitation dans les structures partisanes. C'est la période des ajustements, dans la répartitions des places, mais aussi dans les grandes orientations. Il n'y a plus d'échéance avant un certain temps, on peut se déchirer en toute bonne conscience (certains appellent cela débattre de manière vigoureuse). Il faut faire la part des choses entre ce qui relève des progressions de carrière et de la distribution des postes et ce qui relève des inflexions stratégiques et idéologiques. C'est difficile car le people, toujours plus facile à saisir, plus spectaculaire et sanglant, retient facilement l'attention. Difficile aussi de dénouer des fils entremêlés, les changements de personnes pouvant être liés à des mutations stratégiques.

Chez les Verts, Cochet ouvre le bal, directement avec une proposition de dissolution. Les verts ont préféré lancer une rénovation". Cela commence à devenir inquiétant, car ce parti change régulièrement de dirigeant, prenant à chaque fois une personnalité encore plus inconnue que son prédécesseur. Pendant ce temps, les locomotives médiatiques comme Noël Mamère ou Yves Cochet sont marginalisés ou dégoutées. Faire moins que le PCF, est-ce une ambition ? En tout cas, c'est ce qu'a réussi à faire Dominique Voynet et cela semble suffire à certains. Le choix est pourtant clair pour les Verts : le maintien de la "pureté idéologique" et alors, on continue en autonome, sur les mêmes modes de fonctions internes, ou la recherche de l'efficacité. Dans ce cas-là, c'est la stratégie du grand parti unitaire qui s'impose, capable d'arriver au pouvoir et au sein duquel les militants verts seraient autre chose qu'une force d'appoint, qu'une simple caution écologiste à qui on donne quelques os à ronger mais que l'on n'écoute pas sur le reste.

Au PCF, l'agonie se prolonge. Bientôt, il n'y aura plus rien à offrir et le parti sombrera corps et biens (du moins ce qu'il restera de biens). De ce coté là, pas d'avenir.

Au PS, c'est beaucoup plus passionnant. Il y a tout pour faire un grand mélodrame médiatique, avec de la haine, des couples déchirés, des petits meurtres entre amis. Cela ne doit pas occulter le fond. Le PS est véritablement à un tournant, du moins peut prendre un tournant, mais en sera-t-il capable ? Ségolène Royal semble décidée à prendre d'assaut le PS, avec ses propres troupes et comme au Moyen-Age, les défenseurs de la fortesresse risque d'être passés au fil de l'épée en cas d'assaut réussi. C'est la solution radicale du nettoyage intégral. Pour cela, elle peut compter sur ses réseaux qui se sont étoffés lors de la présidentielle et sur la lassitude de nombre de militants et de sympathisants. Il n'y en aura pas beaucoup à se mobiliser pour défendre les éléphants. Mais pour autant, Ségolène Royal n'est pas assurée de l'emporter. Les chatelains actuels connaissent chaque recoin de la forteresse (qui en est truffée) et la bataille risque de se dérouler au corps à corps, sur leur terrain. Leurs troupes sont peut être moins nombreuses, mais nettement plus aguerries que celles de Ségolène Royal. A la bataille, il ne suffit pas d'être les plus nombreux et on a vu des armées pléthoriques être mises en déroute par des adversaires nettement moins nombreux, mais mieux entrainés, mieux organisés et plus déterminés. Derrière cette bataille, c'est la possibilité de rénovation que se joue. En cas de victoire de Ségolène Royal, le PS pourra se rénover, évoluer. Vers où, on en sait rien car il ne semble pas que Ségolène Royal ait un corpus doctrinal tout prêt, ni même des orientations. Et ce n'est peut-être pas plus mal ! Par contre, sa défaite entrainerait un maintien du fonctionnement actuel, à savoir un cartel regroupant des élus et des militants aspirant à être élus, qui se mettent ensemble pour gagner des élections et conserver leurs postes. L'aspect idéologie et programme serait alors entièrement soumis à ce but, donc purement secondaire. L'issue est franchement incertaine et il en est même qui ont fait le pari de l'échec de Ségolène Royal. C'est le cas de Jean-Marie Bockel, qui, jugeant le PS inréformable, a décidé de le quitter pour rejoindre "l'ennemi". Il risque de s'en mordre les doigts si Ségolène Royal l'emporte, car son courant social-libéral ne participera alors pas à la refondation à gauche, sans être assuré de pouvoir participer à celle de droite.

Autre parti en pleine mutation, le Modem. même si on en parle peu, il s'y passe des choses qui engagent son avenir. Le résultat du deuxième tour a été à la fois une bénédiction et une malédiction. Un heureux évènement car en sauvant quatre sièges, le Modem obtient un résultat inespéré vu les scores du premier tour. Mais c'est aussi une source de graves difficultés car les électeurs du Modem se sont reportés massivement sur les candidats de gauche et certains des modem élus l'ont été avec l'ensemble des voix de gauche. Alors que Bayrou se veut "ni droite-ni gauche", le point d'équilibre du modem s'est très fortement déplacé vers la gauche. D'après les échos que j'ai de certains départements, les élus qui se sont ralliés au Modem sont plus ou moins sommés par les militants de couper les ponts avec la droite. Il en va de même des militants et cadres de l'UDF qui ne se rangent pas ouvertement dans l'opposition. On risque d'assister à une nouvelle saignée d'élus et de militants, qui vont se réfugier au sein du nouveau centre (spécialement conçu pour les accueillir) et faire du Modem un parti de centre-gauche. Il me semble que l'on reproduit le shéma de division des radicaux, dans les années 70, avec une branche à droite et une branche à gauche. Dans ce cas, Bayrou aura perdu son pari de création d'un grand centre. Il lui restera alors la solution de se lancer à l'assaut de l'espace politique social-démocrate et social-libéral, laissé idéologiquement en friche par le PS et recréer ainsi, sous un autre nom, l'ancien PSU. Pas vraiment ce que voulait Bayrou, mais faute de grives, on mange des merles.

L'UMP enfin, est dans une position beaucoup moins agitée. La ligne est claire, c'est la mise en hibernation de l'appareil militant, avec le maintien d'un cercle de reflexion. L'ensemble des commandes et des dirigeants ne sont plus à la rue de la Boetie, mais à l'Elysée et dans les ministères. L'actuelle querelle entre Raffarin et Devedjian est surtout une affaire d'ego, de lot de consolation que se disputent deux grands fauves en quête d'un titre et d'une fonction pour exister médiatiquement et politiquement. Cela risque de se finir par un partage entre un régent (Raffarin) qui règne par intérim mais ne gouverne pas, et un intendant (DEvedjian), qui tient les comptes et assure l'entretien pour un propriétaire absent. Je doute qu'il en sorte une révolution idéologique. S'il se passe des choses à droite, ce ne sera sans doute pas là.